Foot - L'Équipe présente le PSG comme le sauveur du football français : il fallait oser !

Foot - L'Équipe présente le PSG comme le sauveur du football français : il fallait oser !

Dans une analyse consacrée à l'indice UEFA, L'Équipe présente le PSG comme le club qui évite au football français de sombrer. Une lecture qui oublie un élément essentiel : le rôle de Nasser Al-Khelaïfi dans un système de droits TV dont l'effondrement fragilise les clubs de Ligue 1. Sans excuser les échecs européens de l'OM et des autres formations françaises, difficile d'ériger Paris en sauveur sans évoquer ses responsabilités. C'est pourtant le cas dans cet article.

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Dans un article consacré à l'indice UEFA, L'Équipe s'interroge sur ce que serait le classement du football français sans le PSG. La réponse est sans appel : la France serait septième, derrière le Portugal et la Belgique, au lieu de sa cinquième place actuelle. Le club parisien serait donc celui qui empêche notre championnat de sombrer. Voilà une belle histoire. Sauf qu'il manque un tout petit détail dans cette démonstration : pourquoi les autres clubs français sont-ils aussi faibles économiquement ? Et surtout, qui participe à l'organisation du football français depuis toutes ces années ?

Car enfin, présenter le PSG comme le sauveur de la Ligue 1 sans évoquer le rôle de Nasser Al-Khelaïfi dans l'écosystème économique du football français, c'est quand même assez fort. Le président parisien est également à la tête de beIN Media Group, dont la chaîne beIN Sports est un acteur majeur du dossier des droits TV. Des droits qui se sont effondrés ces dernières années, plongeant les clubs français dans une situation financière particulièrement inquiétante. Et pendant ce temps, le PSG, porté par des ressources économiques sans commune mesure avec celles de ses concurrents, continue de dominer son championnat.

Des clubs contraints de vendre leurs meilleurs joueurs

Voilà peut-être le véritable sujet. Comment demander aux clubs français de rivaliser avec les formations anglaises, allemandes, espagnoles ou italiennes quand ils sont obligés de vendre leurs meilleurs éléments pour équilibrer leurs comptes ? Même une qualification en Ligue des champions, compétition pourtant plus lucrative que jamais, ne garantit plus de pouvoir conserver une équipe compétitive. Lens en est un exemple. Des clubs qui devraient pouvoir capitaliser sur leurs bons résultats sportifs se retrouvent à devoir reconstruire régulièrement leur effectif pour des raisons économiques.

Et dans ce paysage, il faudrait applaudir le PSG parce qu'il rapporte des points à l'indice UEFA ? Encore heureux ! Quand un club dispose depuis 2011 de moyens financiers absolument hors normes à l'échelle du championnat français, la moindre des choses est qu'il soit capable de briller sur la scène européenne. Il lui aura d'ailleurs fallu quatorze années pour décrocher sa première Ligue des champions. Quatorze années d'investissements colossaux, de stars recrutées à prix d'or et de tentatives infructueuses avant de parvenir enfin au sommet. Ce n'est pas exactement le parcours du petit club méritant qui aurait réalisé l'impossible avec trois bouts de ficelle.

Et il serait intéressant que L'Équipe s'interroge aussi sur ce paradoxe : comment peut-on célébrer les performances européennes d'un club tout en passant sous silence la place occupée par le système qui permet à un club déjà très riche de l'être encore plus au détriment des autres ? Bien sûr, Nasser Al-Khelaïfi n'est pas le seul responsable de la crise des droits TV. Les dirigeants de la Ligue, les diffuseurs successifs et les choix collectifs ont leur part de responsabilité. 

Et l'OM dans tout ça ? Aucune excuse !

Que les choses soient claires : cette situation économique ne doit surtout pas servir de prétexte pour dédouaner les clubs français de leurs responsabilités sportives. Et certainement pas l'OM. Cette saison, Marseille a été surclassé par une équipe turque, une équipe grecque et une équipe autrichienne. On ne parle pas de formations disposant des budgets du Real Madrid, de Manchester City ou du Bayern Munich. Il y a donc un véritable problème de niveau, de compétitivité et parfois même de mentalité dans les clubs français lorsqu'ils se retrouvent sur la scène européenne. Et si l'on peut excuser le club phocéen cette saison vu le contexte et le manque de profondeur de l'effectif qui ne permettent pas de faire autre chose que de prioriser le championnat, l'humiliation de Bruges ne date que de janvier dernier...

Le constat dressé par L'Équipe sur les performances des représentants français est d'ailleurs difficilement contestable. Un seul club dans les trente premiers au classement européen, des éliminations précoces à répétition, des résultats insuffisants face à des adversaires théoriquement accessibles... Il n'y a pas de quoi bomber le torse. Et l'OM, malgré son histoire européenne et son statut, doit évidemment être au premier rang des clubs auxquels on demande davantage.

Mais reconnaître cette médiocrité sportive n'oblige pas à accepter le récit du grand sauveur parisien. Ce sont deux questions différentes, qui méritent toutes les deux d'être posées.

Un arbre qui cache la forêt, mais qui profite aussi du paysage

Le PSG est aujourd'hui le meilleur représentant français sur la scène européenne. C'est un fait. Ses résultats permettent à la France de conserver une position avantageuse à l'indice UEFA. C'est également incontestable. Mais transformer cette réalité comptable en une sorte de célébration du modèle parisien, sans s'interroger sur les conditions dans lesquelles évoluent ses concurrents, voilà qui est autrement discutable.

Car la véritable question n'est peut-être pas de savoir où serait la France sans le PSG. Elle est aussi de savoir où en seraient les autres clubs français avec une économie du football moins sinistrée, des droits TV dignes du cinquième championnat européen et la possibilité de conserver leurs meilleurs joueurs plusieurs saisons de suite.

Le PSG est l'arbre qui cache la forêt ? Évidemment. Mais avant de remercier l'arbre de nous protéger du soleil, il serait peut-être utile de se demander pourquoi toute la forêt dépérit autour de lui.

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