OM : pourquoi c'est inquiétant

L'OM s'est incliné 4-0 dans le stade des Glasgow Rangers en préparation. Et ce n'est pas anecdotique.

Publié le 15/07/2019 à 07:00

On peut. C'est tout à fait possible, c'est vrai, de se dire que ce n'est que de la préparation, que ce qui compte, ce n'est pas le résultat, qu'il n'y a pas de points en jeu. Si ça se trouve, cela demande un petit travail de recherche, mais on peut avoir l'argument ultime, une saison où l'OM a perdu tous ses matchs de préparation ou presque pour faire une grosse saison derrière. Ça doit forcément exister. Mais là, vraiment, les parallèles attendront. Il vaut sûrement mieux se concentrer sur ce qu'on a là, sous nos yeux. Car il y a à dire. Et c'est inquiétant. 

Ce n'est pas qu'une question de physique

C'est l'argument de quasiment tous les coachs après une défaite à cette période de l'année : "Oui, mais physiquement, on n'en est pas au même point. L'objectif c'est d'être prêt pour le championnat". OK. C'est vrai que les joueurs des Rangers étaient plus solides dans les contacts, plus mordants dans les duels. Mais ce n'était pas forcément qu'un état physique. La détermination rentre en ligne de compte et cela peut être également inquiétant de voir à quel point les Phocéens ont refusé de rentrer dans la bataille. Normalement, même avec un déficit physique, il devrait y avoir la capacité technique pour faire circuler le ballon, faire courir l'adversaire... on n’a rien vu de tout ça, alors qu'en face, cela reste le deuxième du championnat d'Écosse.

Des attitudes qui en disent long 

Comme n'importe quel sport, le football est une affaire de mental. Ainsi, une formation qui rate une saison peut réussir la suivante, parce que le groupe vit mieux, que chacun fait les efforts pour ses coéquipiers, et que la valeur des individualités ressort enfin. Ce n'est pas interdit de rêver à ce scénario pour l'OM. Sauf qu'à Ibrox Park, ce n'était pas vraiment la nouvelle saison, mais plutôt l'ancienne, celle que l'on voulait tant oublier. Avec des attitudes nonchalantes, comme Bouna Sarr ou Amavi, pas assez mordants, un Luiz Gustavo qui s'agace au milieu et qui dans ces moments-là multiplie les fautes pour passer ses nerfs, un Payet qu'on ne voit presque pas, mais qui trouve quand même le moyen de s'agacer quand le ballon n'arrive pas... Le plus significatif reste sûrement le regard de certains défenseurs quand ils se prennent des vagues. Cela ne ressemble pas vraiment à une équipe soudée, prête à affronter la tempête. 

Pas de nouveauté tactique

Cela peut sembler très cruel pour André Villas-Boas. Même injuste. Car le technicien portugais se laisse peut-être quelques matchs pour jauger son groupe. Et puis, faute de recrues, il ne va pas quand même aligner Valère Germain au poste d'arrière gauche pour dire "regardez, j'ai changé quelque chose". Mais force est de constater que, si on ne dit pas à quelqu'un qui n'a plus vu jouer l'OM pendant des mois que Rudi Garcia n'est plus l'entraîneur de l'OM, ça ne lui saute peut-être pas forcément aux yeux. D'accord c'est un 4-3-3. D'accord, les deux latéraux écartaient très haut et la volonté de repartir bas était évidente au début de partie. Mais au bout d'un quart d'heure et d'un but encaissé sur pressing, tout s'est bien évidemment envolé. Et là encore, c'était l'OM de la saison dernière. Avec un Payet qui revient trottiner dans l'axe, un Strootman et un Gustavo qui donnent parfois l'impression de se marcher sur les pieds... Il a beau être plus agréable en analyse d'après-match, comme vous pouvez le voir en vidéo, on attend quand même plus de Villas-Boas. 

Une recrue ne suffit pas

Dans ce marasme, la meilleure nouvelle de la journée est peut-être venue de l'avant-match puisque l'OM et Boca Juniors se seraient rapprochés pour Benedetto. Un attaquant, cela va peut-être dynamiser l'équipe, motiver tout le monde à jouer vers l'avant. Oui, mais non. Cela s'est vu avec Mario Balotelli la saison dernière. Cela peut marcher quelques matchs, mais au bout d'un moment, le football, ce n'est pas de la NBA. Un joueur ne peut pas tout faire, et s'il y a des brèches à colmater un peu de partout, au bout d'un moment, le personnel se démotive et le bateau coule. Contre les Rangers, l'OM a exhibé des problèmes derrière, au milieu et devant. Il faut une poignée de joueurs pour changer la face de cette équipe. Et des bons, avec une mentalité de tauliers vu l'ambiance actuelle, ça ne serait pas superflu. 

Finalement, peu de places pour les jeunes dans ces conditions

C'est là aussi une marotte à laquelle on a droit après chaque période de disette : c'est le moment ou jamais de se tourner vers les jeunes, vers nos jeunes, ces minots qui ne demandent qu'à avoir une place dans leur club de coeur. Ils sont nombreux à faire partie de ce premier stage. Mais qui peut vraiment, durablement, espérer garder une place à l'année dans le groupe pro à l'année ? La configuration actuelle fait stagner tout le monde, ce qui est problématique pour eux, censés être en pleine progression. Prenons le cas du poste de latéral gauche : Jordan Amavi ne semble pas remis de sa dernière saison catastrophique. Mais Christopher Rocchia et Niels Nkounkou semblent trop tendres pour prendre sa place là, comme ça, de suite. Cyril Khétir a sûrement des qualités, mais il ne peut pas rentrer au milieu comme ça et couvrir le manque d'activité de joueurs censés être titulaires. Et on ne parle même pas de Marley Aké devant, qui rentre seul en pointe alors que ce n'est pas son poste. Difficile de faire plus dur. On pourrait se dire qu'Isaac Lihadji pourrait lui tirer son épingle du jeu, fixé sur ce poste d'ailier droit où il a une vraie perspective intéressante, avec une marche qui semble accessible vu sa vitesse pour commencer sa carrière phocéenne en faisant des différences en fin de rencontre. En n’ayant pas trop d'attentes sur les épaules. Mais en fonction de la gravité de la blessure de Florian Thauvin à la cheville, tout sera peut-être remis en cause...