Il y avait quelque chose de Dimitri Payet dans la prestation d'Amine Harit dimanche soir contre Toulouse. Pas seulement dans les gestes techniques ou cette facilité à éliminer un adversaire. Plutôt dans cette impression que, dès que le ballon arrivait dans ses pieds, il pouvait se passer quelque chose. Comme ces soirs où Payet décidait de dicter les règles du jeu à tous les autres acteurs présents sur la pelouse. Harit était partout, inspiré, imprévisible, capable d'accélérer ou de ralentir le tempo à sa guise. Jusqu'à ce que les jambes ne suivent plus vraiment en fin de rencontre.
Le parallèle avec Payet n'est évidemment pas innocent. En 2021, lorsque l'OM recrute Harit, c'est précisément pour préparer la succession du Réunionnais. Les deux hommes auraient pu se regarder en chiens de faïence. Ils préfèrent s'entendre comme larrons en foire. Jorge Sampaoli finit même par les associer, pour le plus grand bonheur des supporters. Avec Harit redevenu titulaire, Marseille remporte huit de ses onze derniers matchs de Ligue 1 et décroche la deuxième place.
On pense alors tenir le début d'une belle histoire. La saison suivante, Igor Tudor installe Harit derrière l'attaquant, au détriment de Payet. Le Marocain répond présent, allant jusqu'à faire gagner à lui seul un match de Ligue des champions. Un exploit suffisamment rare à Marseille pour être souligné. Mais en novembre 2022, tout s'arrête. Un duel avec Axel Disasi, une terrible blessure au genou et une saison terminée.
La suite ressemble à des montagnes russes. Harit revient dans un OM qui cherche désespérément son équilibre, avec Marcelino, Gattuso puis Gasset. Il dispute 44 rencontres sur 2023/2024, sans pouvoir réellement s'épanouir dans une équipe qui manque de milieux de terrain pour l'accompagner.
Avec Roberto De Zerbi, l'espoir renaît. Installé en numéro 10 d'un 4-2-3-1, entouré de Greenwood, Wahi et Luis Henrique, Harit retrouve des couleurs. Deux buts, quatre passes décisives lors des huit premières journées, cinq victoires pour l'OM. Tout semble enfin réuni. Jusqu'à cette expulsion très sévère contre Paris, lors du neuvième match. Pendant sa suspension, De Zerbi découvre une autre formule. Harit disparaît avant de rejoindre Basaksehir l'été suivant.
Alors aujourd'hui, son retour n'est pas seulement une aubaine pour l'OM. Sur le plateau du Talk Show, Romain Canuti avance une explication : « Amine Harit peut faire une grande saison. Mais avant de la faire pour l'OM, il veut la faire pour lui. Il lui reste un an de contrat, l'exposition de l'OM peut lui offrir l'opportunité d'aller chercher un nouveau bail avec le même type de rémunération. Ce que l'OM ne pourra pas lui donner. Il en est conscient dès son retour de Turquie ». Celui qui rêvait autrefois d'être le « Kobe Bryant de l'OM » pourrait finalement vivre sa « Last Dance » marseillaise. Et pourquoi pas ? « Et on ne peut pas lui reprocher, poursuit Canuti. Personne n'a plaidé sa cause quand il a été mis à la cave par De Zerbi. Cela fait partie du football, dans un sens comme dans l'autre. »
Reste maintenant à transformer les promesses en chiffres. Comme le souligne Stanislas Touchot, ses 13 buts et 21 passes décisives en 118 rencontres avec l'OM mériteraient d'être sérieusement améliorés. Pour l'instant et pour cette saison, Harit est largement dans les temps. Et après cinq années à alterner les fulgurances et les frustrations, il possède une occasion rare : partir en laissant une véritable empreinte. Pas forcément celle du successeur de Payet, mais celle d'un joueur qui aura enfin réussi à donner toute sa mesure. Une dernière danse qui, à défaut de prolonger l'histoire, pourrait lui offrir la plus belle des sorties.