Il faut quand même se poser la question. Si l'OM n'est pas capable de terminer tranquillement une rencontre alors qu'il mène 4-0 à une demi-heure de la fin, à domicile, face à la lanterne rouge du championnat, quand pourra-t-il enfin respirer ? Dimanche, le Vélodrome est passé en quelques minutes de l'euphorie à la panique. Trois buts encaissés, deux situations litigieuses dans la surface qui auraient pu déboucher sur autant de penalties dans le temps additionnel, et cette sensation désagréable qu'une victoire pourtant acquise pouvait encore s'envoler. À 4-3, l'OM a frôlé une catastrophe qui aurait laissé des traces considérables.
L'inquiétude est donc parfaitement légitime. Mais faut-il pour autant laisser cette fin de rencontre effacer tout ce qui l'a précédée ? Certainement pas. Car pendant plus d'une heure, l'OM a probablement proposé ce qu'il avait montré de plus intéressant depuis le début de saison. Et ce n'est peut-être pas un hasard. Pour la première fois, le onze de départ de Bruno Genesio ne souffrait pratiquement d'aucune discussion. Avec Höjbjerg et Nnadi devant la défense, Abdelli dans un rôle de numéro dix, Harit et Paixao sur les côtés, Gouiri devant et une défense articulée autour d'Aguerd et Egan-Riley, les Marseillais présentaient enfin une équipe qui ressemblait à leur formation idéale.
Et, une fois sur le terrain, cette équipe a donné exactement ce qu'on pouvait espérer d'elle. Des combinaisons, des déplacements coordonnés, une vraie supériorité technique et surtout une sérénité nouvelle dans la manière de ressortir les ballons. Höjbjerg a dicté le tempo, Abdelli a multiplié les bonnes inspirations, Weah a signé une action individuelle magnifique. Bien sûr, ce n'était que Le Havre. Une équipe en grande difficulté, incapable de résister pendant une bonne partie de la rencontre. Mais encore fallait-il en profiter. Et le public du Vélodrome, trop rarement régalé depuis le début de cet exercice, a enfin pu apprécier du football collectif, des mouvements construits et des buts qui récompensaient une véritable maîtrise. Le score aurait même pu grimper à 5-0, avec notamment un penalty non sifflé sur Abdelli. Bruno Genesio tient enfin quelque chose, une organisation, des complémentarités et des circuits de jeu sur lesquels il peut désormais travailler. Il faut maintenant installer cette formule, lui donner de la continuité et permettre aux automatismes de se renforcer.
Reste évidemment l'autre enseignement, beaucoup moins rassurant. Dès que Genesio a commencé à modifier son équipe, tout s'est progressivement désorganisé. Les sorties des cadres ont fait disparaître la maîtrise collective, et certaines entrées ont été particulièrement préoccupantes. Le technicien marseillais ne s'est d'ailleurs pas privé de rappeler à l'ordre Abdallah et Kamissoko, pointant leur manque d'humilité. Le problème dépasse toutefois les seuls jeunes joueurs. Il révèle surtout la faiblesse de la marge de manœuvre marseillaise. Genesio semble disposer d'un onze capable de rivaliser et de séduire, mais beaucoup moins d'un groupe suffisamment homogène pour maintenir son niveau lorsque les titulaires quittent la pelouse. C'est une limite considérable dans une saison où les matches vont s'enchaîner. Mais il y a aussi une raison d'espérer. Jusqu'ici, l'OM cherchait encore son équipe. Dimanche, pendant 75 minutes, il l'a peut-être trouvée.