Nice-OM : pourquoi l'attelage Longoria-Cardoze a bien fonctionné

Les dirigeants olympiens ont géré les suites l'affaire Nice-OM dans le calme. Et cette stratégie était la bonne.

Publié le 10/09/2021 à 01:00

Au lendemain des décisions de la commission de discipline concernant les incidents de Nice-OM, les supporters olympiens l'avaient forcément mauvaise. Beaucoup auraient souhaité voir l'OM gratifié des trois points, voir les Niçois plus sévèrement sanctionnés, à l'inverse de Payet et Alvaro qui, eux, n'ont fait que se défendre face aux excités du Kop de Nice. Mais, à bien y réfléchir, cette décision de rejouer ce match où, rappelons-le, l'OM était mené 0-1 à un quart d'heure de la fin, n'est pas si pénalisante que ça. Il s'agit même de ce que souhaitaient les dirigeants olympiens les jours précédant la commission, conscients que le verdict aurait pu être tout autre. On pense à cette rumeur de "gel" du match qui a circulé, voire à une validation du score de 1-0 en faveur des Niçois, l'arbitre ayant sifflé la reprise de la rencontre, ce qui a été confirmé par Régis Rébuffat sur le plateau du Talk Show, que vous pouvez revisionner en vidéo.

Relancer l'éternelle musique "Marseille contre le reste du football français" aurait peut-être plu à ses supporters, mais ce n'était pas une bonne idée

En fait, l'OM a géré l'affaire avec sang-froid, et il le fallait. Particulièrement remonté dans les heures qui ont suivi les événements, Pablo Longoria s'était déjà exprimé à chaud, répondant notamment aux accusations déplacées de son homologue niçois, et expliquant surtout qu'il était hors de question de renvoyer ses joueurs sur une pelouse où ils n'étaient pas en sécurité. Une sortie nécessaire, mais qui s'est arrêtée là, parce qu'il ne fallait pas en rajouter. L'affaire était désormais aux mains de la LFP, et remettre des pièces dans la machine n'aurait fait que mettre la pression sur les personnes en charge de l'instruction. De plus, Pablo Longoria n'avait aucun intérêt à contrarier les responsables du foot national, lui qui l'avait un peu écorné lors de sa sortie sur la formation et les coachs français. De plus, le jeune président olympien n'est pas idiot, et il sait tout ce qui se dit et s'écrit sur l'OM depuis qu'il est en poste. Il a évidemment perçu que le club avait plutôt bonne presse ces derniers temps, ce qui n'est pas si courant. Son mercato a été unanimement salué, de même que le spectacle entraînant proposé par l'équipe du coach qu'il a choisi. De plus, l'ensemble des acteurs du foot et même au-delà prenait fait et cause pour les joueurs olympiens. Relancer l'éternelle musique "Marseille contre le reste du football français" aurait peut-être plu à ses supporters, mais ce n'était pas une bonne idée.

L'ancien correspondant à Washington de France Télévision connait lui aussi les ficelles, et savait jusqu'où il pouvait aller

Ce constat lui a peut-être été soufflé par celui qui a pris les commandes de la parole publique par la suite : son directeur de la communication Jacques Cardoze. Ce dernier est lui aussi monté tout de suite au créneau dans les heures qui ont suivi le match. Avec suffisamment de véhémences pour marquer l'indignation du club et surtout son statut de victime, mais pas n'importe comment non plus. L'ancien correspondant à Washington de France Télévision connait lui aussi les ficelles, et savait jusqu'où il pouvait aller. C'est d'ailleurs lui qui, le premier, a évoqué la possibilité de rejouer le match, expliquant que l'OM était prêt à accepter cette éventualité. Evidemment, au fur et à mesure que la date de la commission se rapprochait, le club laissait fuiter sa confiance pour récupérer les trois points, mais en coulisse on savait que rejouer la rencontre sur terrain neutre serait déjà une décision satisfaisante. La veille, lorsque la rumeur d'un gel de la rencontre est sortie, Cardoze s'est même empressé de parler d'humiliation pour la commission de voir ses décisions fuiter dans la presse. Une façon intelligente de tuer dans l'oeuf cette éventualité qui avait bien été évoquée. Ce n'est qu'une fois la sanction tombée que Cardoze a parlé de "manque d'exemplarité pour le foot français", et que "l'OM aurait dû gagner le match", se réservant la possibilité de faire appel. Un bon timing, d'autant que la commission aurait pu être bien plus sévère à l'encontre des Niçois et moins envers Payet et Alvaro. Mais à bien y regarder, on se dit que l'OM aurait peut-être été traité plus sévèrement sur un coup pareil. Là, le club n'en a ni trop fait ni pas assez, et une fois la pilule digérée, il apparaitra que l'affaire a été gérée comme il le fallait. Un premier bon coup pour Cardoze qui a enchaîné l'audience de la Ligue avec une tournée des médias. Les supporters voulaient une direction qui occupe l'espace médiatique pour défendre le club face aux instances et aux arbitres, ils l'ont. Mais ce n'est pas le président, qui évite d'écorner son image auprès de ses interlocuteurs pour ce qui l'intéresse le plus, le football, les transferts. Un attelage qui pourrait donc être la bonne solution. Tant que c'est celui qui obtient les résultats sur ce terrain...