La Master Class de Villas Boas

Le technicien portugais transforme en or tout ce qu'il touche. Même les cas désespérés.

Publié le 17/02/2020 à 15:00

Jouer un match-tournant chez le poursuivant sans son meilleur joueur, avec des éléments en méforme et face à un concurrent qui restait sur une série de trois victoires. Tel était le nouveau défi d'André Villas-Boas à Lille lors de cette 25e journée. Autant dire que tout était réuni pour rebattre les cartes entre les deux clubs, d'autant que les joueurs de Christophe Galtier ont outrageusement dominé les 70 premières minutes avec un but du phénomène Osimhen (quel joueur !) et un autre annulé de justesse pour hors-jeu. Pendant ce temps, les Olympiens ont fait ce qu'ils font merveilleusement bien depuis deux mois : défendre comme des morts de faims en limitant la casse, même s'ils ont fini par concéder leur premier but en Ligue 1 de l'année 2020. Mais, encore une fois, l'OM a un magicien à sa tête, capable de réveiller les morts et surtout de changer le cours d'un match très mal engagé avec un coup tactique parfaitement pensé et exécuté. Résultat : une nouvelle Master Class de la part du portugais, et une victoire 2-1 pas loin de plier définitivement le destin européen de l'OM la saison prochaine.

Beaucoup d'entraîneurs racontent un peu ce qui les arrange une fois le scénario du match joué. AVB n'en fait pas partie

Cette démonstration de force s'est jouée dans le vestiaire à la pause, comme il l'a expliqué à l'issue du match : "On les attendait un peu. C'était 70 minutes de foot défensif, et 20 minutes d'attaque. C'est vrai qu'on a parlé de ça à la mi-temps, sur ce qu'on ferait si on prenait un but. On a avancé Sanson, et ça a très bien fonctionné pour nous. Après il y a aussi l'entrée d'Aké qui a été décisive pour la transformation du résultat". Si beaucoup d'entraîneurs racontent un peu ce qui les arrange une fois le scénario du match joué, AVB n'en fait pas partie. En fait, sa copie à Lille semblait dessinée d'avance par un architecte qui connait sur le bout des doigts les forces et les faiblesses du terrain et de l'édifice qu'il va construire dessus. Partant sans Payet et avec des attaquants en lambeaux, AVB savait qu'il allait encore devoir compter sur la solidité de ses fondations. Cette défense et ce gardien qui ont encore su répondre présents et préserver un score qui aurait pu être bien plus large. La suite relève de la magie avec un conte que seul AVB pouvait écrire. Un Germain revenant du néant et répondant à la vindicte populaire, un Benedetto en hibernation claquant le but qu'il faut là où il faut, et un Marley Aké qui, en plus d'avoir déjà un prénom, a désormais un nom.

La résurrection de Germain, le réveil de Benedetto, la sensation Aké...

Ce nouveau tour de force met encore plus en lumière l'apport psychologique de Villas-Boas sur son groupe. Un groupe qui n'en était plus un la saison dernière et qui, désormais, répond au doigt et à l'oeil au moindre signe de son entraîneur. Les joueurs se sentent protégés par le cadre tactique mis en place par AVB, mais aussi par la sérénité mentale qu'il insuffle, et on l'a notamment vu à la suite du penalty manqué par Rongier. Alors que l'OM aurait pu ne pas s'en relever, on a vu, au contraire, une équipe tisser tranquillement sa toile en appliquant à la lettre les consignes reçues à la mi-temps, avec notamment ce réajustement au milieu qui a tout changé. Un duo défensif Kamara-Rongier jouant un cran plus haut et surtout un Sanson montant lui aussi d'un cran au soutien de ses attaquants. De quoi faire exploser le plan de Lillois commençant à douter et, ainsi, renverser totalement le rapport de force entre les deux équipes. Évidemment, on pourrait se contenter de dire que tout bascule en notre faveur cette saison, avec ce petit brin de réussite des équipes qui iront au bout. Sauf que l'on a encore vu sur la pelouse de Pierre-Mauroy le poids considérable d'un coach aux idées claires dont chaque décision débouche sur une solution. C'est l'histoire de cette saison, et on commence à en deviner le dénouement.