Le Phocéen : Pour commencer, peux-tu nous présenter cette équipe de Toulouse, sa façon de jouer et, notamment, ce qui a changé depuis le départ de Carles Martínez Novell et l'arrivée du nouvel entraîneur en matière de jeu ?
Emmanuel Davila : C'est le jour et la nuit par rapport au football de position assez terne que proposait Martínez Novell, même si c'était cohérent et que ça fonctionnait plutôt bien. Askou veut un football courageux, avec un gros pressing à la perte du ballon, une équipe très athlétique, de la possession, du monde dans la surface et un bloc haut. Il valorise la prise de risque, notamment à la relance. C'est très ambitieux et on sent qu'on est encore en rodage. Sur un même match, on peut livrer une première mi-temps très moyenne, sans allant, puis une seconde période exceptionnelle en inscrivant deux ou trois buts. Contre Lorient, Monaco, Le Mans ou Le Havre, on a toujours accéléré après la mi-temps, grâce notamment aux bons ajustements apportés par Askou, qui possède aussi une forte personnalité. Personne n'est certain que ça va marcher, mais tout le monde a envie d'y croire. Il bénéficie vraiment d'une grosse cote de confiance.
LP : Quels sont les joueurs à suivre côté toulousain, ceux qui peuvent mettre en danger l'OM ? On pense évidemment à Jorgensen, qui réalise un excellent début de saison et semble être la révélation toulousaine depuis son arrivée cet été.
ED : Jorgensen était une énorme prise à l'échelle du TFC. On a vite compris que son potentiel était immense, même si le passage en 4-4-2 depuis cinq matchs ne lui rend pas service. En pointe, Tengstedt réalise lui aussi de super débuts, avec cinq buts et une passe décisive en six matchs. Mais notre meilleur joueur, c'est Casseres, qui n'a plus rien à faire chez nous et qui serait titulaire partout en Ligue 1, sauf au PSG. Si on ajoute l'intouchable Nicolaisen en défense centrale, on a notre colonne vertébrale.
LP : Toulouse est invaincu à l'extérieur cette saison. Comment expliquer les bonnes performances des Toulousains loin du Stadium ?
ED : Ça fait au moins trois ans que ça dure et on commence à fatiguer de ne plus voir de victoires à domicile. Cette année, paradoxalement, on n'a pas toujours été bons à l'extérieur. On s'est fait bouger à Brest et à Monaco. Pour moi, la différence entre les performances à domicile et à l'extérieur va finir par s'estomper au fil de la saison. On peut aussi l'expliquer par le fait qu'on a reçu Lyon et Lille au Stadium. Globalement, les matchs à l'extérieur étaient plus abordables jusqu'à présent.
LP : Genesio a expliqué en conférence de presse que Toulouse était l'une des meilleures équipes du championnat en matière de jeu produit et qu'elle faisait partie de celles qui comptabilisent le moins de points au regard de ce qu'elles proposent. Partages-tu cet avis ?
ED : Oui, plutôt. Les chiffres confirment qu'on devrait avoir quatre ou cinq points de plus aujourd'hui. Absolument tous les entraîneurs qu'on a affrontés ont salué le jeu déployé par Askou. On a été plombés par notre inefficacité dans les deux surfaces. Après, comme je le disais, à part contre Lille, on n'a pas encore réalisé 90 minutes pleines. Et on n'a pas le talent individuel nécessaire pour s'autoriser autant de trous d'air. On sous-performe, mais ça ne peut pas s'expliquer uniquement par la malchance.
LP : Est-ce que le TFC peut rivaliser avec l'OM cette saison ? On connaît la situation particulière du club olympien. Est-ce que Toulouse peut, cette année, regarder Marseille droit dans les yeux ?
ED : Avant la première journée, sur notre site, j'avais tenté une prédiction en disant que le TFC finirait devant l'OM cette année. Sur le papier, l'OM possède sûrement un meilleur effectif que le nôtre, mais la marge s'est beaucoup réduite cet été. On a gagné en profondeur de banc, alors que vous avez dû laisser partir des joueurs sans en recruter d'autres. Et on n'a pas l'Europe à gérer. Les contextes sont opposés. Chez nous, une qualification européenne serait un petit exploit, en tout cas une grande réussite. L'OM a plus à perdre, avec des enjeux financiers qu'on n'a pas. Dans un championnat aussi serré, je me dis que la dynamique peut faire la différence en notre faveur. Mais ça ne fait pas de nous les favoris ce dimanche !
LP : Y a-t-il néanmoins des joueurs que vous craignez particulièrement côté olympien ?
ED : Clairement. C'est évidemment la paire Paixao-Gouiri qui m'inquiète le plus. Weah, avec les limites qu'on lui connaît, reste un gros joueur, capable de surnager dans un match de ce niveau. Abdelli semble revenir un peu. Mais je mettrais surtout Paixao en avant, parce que notre latéral droit Messali vient de se blesser et que Diallo offre moins de garanties pour le contenir.
LP : À quel type de match t'attends-tu et quel serait ton pronostic pour cette rencontre ?
ED : Je vois un match ouvert. On va vouloir se racheter après notre match nul très décevant contre Troyes. L'OM n'a peut-être pas vécu la victoire la plus rassurante face au Havre. Athlétiquement, on peut aussi prendre le dessus. Ça me semble vraiment ouvert, ça peut basculer dans les deux sens. Je pars sur un 2-2.