Après la défaite contre Sturm Graz, vos nombreux changements ont suscité des interrogations sur l'importance accordée à la Ligue Europa. Est-ce que la Ligue 1 reste l'objectif prioritaire de l'OM, notamment avec les rencontres à venir contre Le Havre et Toulouse ?
Bruno Genesio : Ce n'est pas à moi de dire si on doit être jugé uniquement sur la Ligue 1 ou sur les différentes compétitions dans lesquelles nous sommes engagés. La seule chose que je peux dire, c'est qu'on est la seule équipe qui participe à une Coupe d'Europe et qui n'a pas recruté. On a fait zéro recrue. Après, j'ai un effectif, un groupe de joueurs avec lequel on doit faire la saison et construire notre parcours. Je ne vois pas comment on pourrait jouer tous les trois jours avec les mêmes onze, douze ou treize joueurs. On parle beaucoup des jeunes, mais c'est aussi une occasion pour eux de jouer. Et la plupart ont montré des choses intéressantes lors du match contre Sturm Graz. Ce n'est pas pour autant que je bafoue cette Coupe d'Europe. Je l'ai dit après le match, j'ai déjà procédé de cette manière dans les autres clubs avec lesquels j'ai participé à une Coupe d'Europe, y compris en Ligue des champions. J'ai toujours fonctionné ainsi. Peut-être qu'il y avait davantage de changements cette fois-ci et que c'est ce qui a été mis en avant. Mais je rappelle quand même qu'on a débuté le match avec Geoffrey Kondogbia, dont le parcours parle pour lui, Neal Maupay, Amine Gouiri, Nayef Aguerd, ou encore Ulisses Garcia, qui a peut-être un peu moins d'expérience, mais qui sont des joueurs habitués à ce genre de rencontres. On n'a pas envoyé l'équipe réserve. Il ne faut pas non plus exagérer. Je trouve qu'il y a eu un peu d'exagération là-dessus. Après, qu'on soit jugés, ça fait partie du métier. À nous d'être au rendez-vous dimanche, parce qu'on sait que lorsqu'on joue tous les trois jours, tout est remis en question à chaque match.
Avec sept défaites lors de vos dix premiers matchs officiels, ne craignez-vous pas que votre groupe finisse par s'habituer à perdre ?
B.G. : Non, parce que j'ai un groupe de joueurs compétiteurs. Je ne pense donc pas qu'ils puissent s'habituer à la défaite. Ce qui peut être dangereux dans ces moments-là, c'est la perte de confiance, qui est essentielle dans la performance, aussi bien individuellement que collectivement. C'est là-dessus que nous devons avoir la lucidité de bien analyser nos prestations. Il ne faut pas être satisfaits lorsqu'on réalise un match comme celui de Sturm Graz, mais il faut aussi parvenir à conserver une confiance individuelle et collective qui nous permette de rebondir. La difficulté est là. Ce qui peut devenir un peu glissant, c'est de se dire qu'on a perdu sept matchs sur dix et, du coup, de tenter un peu moins de choses, de se rendre un peu moins disponibles, parce qu'on se dit qu'il vaut mieux éviter de faire des erreurs. C'est précisément sur cet aspect que nous, le staff, devons être très vigilants.
Malgré cette série de défaites, vous semblez bénéficier d'une certaine patience de la part des supporters et de l'environnement marseillais. Est-ce une force ou une pression supplémentaire pour obtenir rapidement des résultats ?
B.G. : Non, cela ne me met pas de pression supplémentaire. C'est davantage de la frustration de ne pas pouvoir donner encore plus à ce public. On a tellement envie de lui donner plus et mieux, parce qu'il le mérite. Les supporters sont là à tous les matchs. Encore jeudi, lorsqu'on voit 1 000 ou 1 200 supporters qui ont traversé l'Europe entière, on a envie de leur donner davantage. Évidemment, je l'ai déjà dit, nous sommes dans une situation un peu particulière à l'OM cette saison. Mais nous avons quand même envie de leur donner beaucoup plus. Jusqu'à maintenant, je pense qu'on l'avait fait dans l'attitude. Et c'est ce qu'ils attendent en premier lieu. Bien sûr, ils attendent des victoires, des résultats, parce qu'ils vibrent pour leur club. Mais ils veulent aussi voir une équipe qui donne tout. C'est peut-être ce qui nous a manqué en première mi-temps, pour la première fois depuis le début de la saison. C'est ce qu'ils n'ont pas apprécié et ils ont raison de ne pas l'avoir apprécié, parce que moi non plus, je ne l'ai pas apprécié. Les joueurs en sont conscients et ils ne l'ont pas bien vécu non plus.