Coach, c'est une quatrième victoire consécutive, un clean sheet et un très bon début de match, avec un contenu bien meilleur, notamment en première période. Que retenez-vous de cette soirée ?
Bruno Genesio : Tout ce que vous venez de dire ! D'abord le résultat, forcément, parce que c'est quand même ce qui est le plus important au haut niveau. Le contenu, je dirais pendant une mi-temps, oui. Une bonne première période, avec un bon pressing, du jeu vers l'avant, du mouvement et beaucoup de variété dans notre jeu. Puis une deuxième mi-temps un petit peu plus difficile, un peu plus pénible, parce que je trouve qu'on a reculé. Ce n'est pas illogique, surtout face à une très bonne équipe de Toulouse. Il faut quand même souligner la qualité de cette équipe. J'en avais parlé avant le match et ils ont confirmé tout ce que je pense d'eux. Mais je trouve qu'on a jeté un peu trop de ballons, alors qu'on aurait pu et dû mieux exploiter certaines récupérations pour leur poser davantage de problèmes en contre et peut-être marquer ce troisième but. En tout cas, il faut saluer la performance de l'équipe et l'abnégation dont on a fait preuve tout au long de cette deuxième mi-temps pour s'accrocher et prendre ces trois points.
Cette quatrième victoire consécutive est forcément positive. Mais comment expliquez-vous cette seconde période beaucoup plus compliquée ?
B.G. : Je pense que Toulouse a beaucoup poussé en deuxième mi-temps et a fait preuve d'une meilleure maîtrise technique. Nous, forcément, lorsqu'on mène 2-0 et qu'on a encore un petit traumatisme de la semaine dernière ou de la saison dernière, avec des remontées en fin de match notamment, on se recroqueville un petit peu. Je pense aussi qu'on a peut-être manqué de fraîcheur dans la dernière demi-heure pour faire mieux que ce qu'on a fait. Les deux éléments combinés ont rendu cette deuxième mi-temps plus difficile. Mais c'est aussi dans ces moments-là qu'il est important de montrer le visage qu'on a montré. On s'est accrochés, tout le monde a défendu, tout le monde a participé, y compris ceux qui sont entrés en jeu. C'est bien aussi, par moments, de gagner des matchs en faisant ce qu'on a fait en fin de rencontre.
Avant de poursuivre, peut-on avoir des nouvelles d'Emerson, sorti sur blessure ?
B.G. : Emerson a ressenti une douleur au genou, donc on n'a pas pris de risque. C'est un genou sur lequel il a déjà été blessé par le passé. Je n'ai pas d'autres nouvelles pour l'instant. Je n'ai pas eu le temps de faire le point avec le staff médical. On fera demain un point plus précis sur la nature de sa blessure.
Est-ce que cette douleur fait suite à un choc ? On n'a pas très bien vu ce qui s'est passé.
B.G. : Non, non. C'est sur un appui. Son genou s'est un petit peu bloqué.
Il y a trois semaines ou un mois, on se demandait si votre équipe allait se maintenir en Ligue 1. Aujourd'hui, certains pourraient presque se demander si elle ne va pas jouer le titre. Que représente concrètement cette sixième place après neuf journées ? Est-ce que cela révèle quelque chose ?
B.G. : Non, ça ne veut rien dire. Je pense qu'il faut rester très prudent. On avait, c'est vrai, trois points après quatre ou cinq journées. Dans le contenu, il y avait des choses intéressantes. Il y a des matchs où on aurait certainement dû prendre des points et où on ne l'a pas fait. Aujourd'hui, on a réussi à enchaîner quatre victoires de suite, mais on voit que tout tient à un fil. On encaisse deux buts ce soir, malgré tout, même s'ils sont refusés pour hors-jeu. Ça ne se joue à rien. Comme je le dis souvent, la frontière entre une victoire et un nul, ou entre une victoire et une défaite, est tellement fine parfois qu'il faut rester humble et prudent. On connaît tous le contexte de cette saison. Le plus important, c'est d'avancer, de prendre des points et de la confiance. Et on verra bien ce qui se passe en fin de saison.
Est-ce que votre prudence s'explique par le fait que ces quatre victoires ont été obtenues contre des équipes considérées comme plus accessibles ? Les véritables tests sont-ils encore à venir, notamment dimanche à Lens ? Ou est-ce le contenu qui vous incite à penser que l'OM n'est pas encore totalement guéri ?
B.G. : Non, mais ce soir, je pense que c'était déjà un test. Je l'ai dit avant le match, je considère que Toulouse est l'une des équipes qui jouent le mieux dans ce championnat. Elle n'est pas récompensée en termes de points. Je crois qu'ils ont dix points, mais ils auraient mérité d'en avoir beaucoup plus, notamment sur leurs matchs à domicile, mais aussi à l'extérieur, où ils ont réalisé de très bonnes prestations. Après, même contre des équipes qui vont peut-être lutter pour le maintien, il faut être capable de gagner. On voit qu'en Ligue 1, toutes les semaines, il y a des surprises et des résultats un peu étonnants. Il fallait donc le faire. On l'a fait dans une situation assez compliquée, parce qu'avant le match, il y avait quand même une certaine pression. Si cette série peut nous permettre de gagner de la confiance, d'avancer et de faire encore mieux, tant mieux. Mais je pense qu'il faut rester prudent et se rappeler tout ce qui s'est passé depuis le début de saison, depuis cet été. Il y aura encore des matchs difficiles et des périodes difficiles. Il faut donc profiter de cette bonne période, mais surtout ne pas tirer de conclusions hâtives.
Amine Gouiri nous expliquait que les deux buts ne devaient rien au hasard et que vous aviez travaillé les récupérations hautes. On a presque envie de parler d'une victoire à la Bruno Genesio, avec un OM qui a su exploiter les points faibles de Toulouse. Est-ce une satisfaction particulière de voir ce travail tactique récompensé ?
B.G. : Oui, mais vous savez, il faut toujours relativiser. On aime aller presser haut et on avait mis en place certaines choses par rapport à cette équipe. Mais après, comme je le dis souvent, il y a aussi des prises d'initiative sur le terrain de la part des joueurs. C'est ce que j'ai envie de voir, notamment offensivement. On a vu beaucoup de mouvements en première mi-temps qui m'ont beaucoup plu, avec des permutations, des joueurs qui n'étaient pas forcément à leur poste habituel. Je pense qu'on a aussi posé beaucoup de problèmes à Toulouse dans ce domaine. Donc oui, on travaille. Je pense que tous les entraîneurs et tous les staffs travaillent. Après, il faut l'adhésion des joueurs, leur mise en œuvre sur le terrain. Parfois, il y a aussi des prises d'initiative sur des choses qui ne sont pas forcément prévues. Je pense qu'il faut surtout saluer leur performance. C'est d'abord la leur avant d'être celle du coach.
Vous répétez souvent que votre principal objectif est de tirer le maximum de cet effectif. À ce stade, êtes-vous satisfait de ce que vous obtenez de votre équipe ? Peut-on quantifier sa marge de progression, par exemple à 60 ou 70 %, ou reste-t-il encore énormément de travail ?
B.G. : C'est difficile de donner un pourcentage. Mais oui, je pense qu'il y a des domaines dans lesquels on doit encore s'améliorer, notamment sur la continuité dans le jeu. On voit très bien depuis le début de saison que, à un ou deux matchs près, on a du mal à être constants pendant 90 ou 95 minutes. Je pense qu'on a vraiment une belle marge de progression là-dessus. Et si on est capables de nous améliorer dans ce domaine, même s'il y a encore plein d'autres choses à améliorer, on peut espérer faire de bonnes choses. On voit que, par séquences, on est capables d'être très performants à la récupération, mais aussi de montrer des choses intéressantes dans le jeu.
Concernant le classement, on a l'impression que trois groupes commencent à se dessiner : les équipes qui vont lutter pour leur survie, celles du ventre mou et celles de devant qui enchaînent les victoires. Pensez-vous que cette hiérarchie va se maintenir ou est-il encore trop tôt pour tirer des conclusions ?
B.G. : Non, c'est trop tôt. On voit bien qu'il y a des séries positives ou négatives. Monaco avait réalisé un très bon début de saison et reste sur quatre matchs sans victoire, avec, je crois, deux points pris sur douze. Nice avait connu un départ difficile, un peu comme nous, et se trouve maintenant sur une très bonne dynamique. Rennes, c'est un peu l'inverse. Pour l'instant, il est beaucoup trop tôt pour tirer quoi que ce soit. Nous, je pense qu'il ne faut pas regarder le classement. Il faut regarder ce qu'on fait, ce qu'on peut améliorer pour avancer, et garder tout le monde à 100 % physiquement. Ça va être très important. Ensuite, on verra ce qui se passe à la trêve de Noël. On pourra sûrement faire un premier bilan à ce moment-là.
Un mot sur Jeffrey de Lange, qui signe peut-être son match référence à l'OM, en tout cas depuis votre arrivée. Il a permis à l'équipe de rester à flot en première comme en seconde période. Une performance qui doit également lui faire du bien sur le plan personnel...
B.G. : Oui, il nous a permis de garder notre but inviolé en première mi-temps, mais aussi en deuxième. Il a réalisé, je pense, trois ou quatre arrêts décisifs et salvateurs. Parce qu'on sentait bien que si cette équipe de Toulouse avait réussi à marquer un but, on aurait pu revivre une fin de match un peu plus difficile. Donc c'est bien pour lui. Ça va aussi lui donner de la confiance. Je pense qu'il prend progressivement la mesure de son poste au fil des matchs. C'est normal et c'est très bien pour lui comme pour l'équipe.
Vous n'avez pas énormément de solutions offensives, d'autant qu'Abdallah n'est pas là. On peut être surpris que Mmadi ne bénéficie pas de davantage de temps de jeu, alors qu'il pourrait apporter de la vitesse et de la profondeur. Vous avez préféré faire entrer des joueurs plus expérimentés, capables de conserver le ballon. Est-ce lié à son travail à l'entraînement ou simplement à vos choix tactiques ?
B.G. : Non, non, il s'entraîne bien. Tadj' (Mmadi) s'entraîne très bien. Mais ce soir, j'avais aussi besoin de joueurs d'expérience, capables de nous apporter davantage de maîtrise technique. Je trouvais qu'on subissait, mais surtout qu'on rendait beaucoup trop vite et beaucoup trop facilement les ballons à Toulouse. Je pensais que Kondo (Kondogbia) pouvait nous apporter cette maîtrise au milieu de terrain, et c'est d'ailleurs ce qu'il a fait. J'ai aussi choisi de renforcer le côté droit avec Kelyann (Bezahaf), qui est très bien entré, et Tim (Weah), parce qu'on prenait un petit peu l'eau de ce côté-là. Mais concernant son investissement, il n'y a rien à dire. Comme je l'ai déjà expliqué, il faut être patient avec les jeunes joueurs. En tout cas, il travaille bien et il n'y a aucun problème sur son investissement.
La confiance semble être un fil rouge de votre saison. Auparavant, certains attaquants hésitaient parfois à tirer ou à faire une passe. Ce soir, on a vu de très beaux mouvements en une touche de balle. À l'inverse, Imad Abdelli a tenté un geste audacieux sur une occasion de 3-0. Comment jugez-vous cette prise de risque ? Est-ce aussi le signe d'une confiance retrouvée ?
B.G. : Il faut être confiants parce qu'on marque des buts. On en a inscrit vingt, je crois, depuis le début de saison. On doit être parmi les meilleures attaques avec Rennes, je crois. On se crée des occasions, encore ce soir, avec de beaux mouvements, comme vous l'avez dit. Après, il faut faire le geste juste le plus souvent possible. Ce que tente Imad, je ne veux pas dire que c'est mal joué, parce que s'il marque... Peut-être qu'il y avait mieux à faire. Mais il faut aussi laisser de la créativité et de l'inspiration aux joueurs. Sinon, ils ne tenteront plus rien et ne feront plus rien. Je dis souvent que les attaquants ont besoin de ça, de tenter des choses, de rater pour mieux réussir ensuite.
Vous évoquiez un possible manque de fraîcheur en fin de match. Jeudi, vous avez un gros rendez-vous européen à Leverkusen, dans une compétition où vous n'avez pas encore pris de point. Votre effectif, même s'il s'est un peu étoffé, reste limité quantitativement. Quelle est la position du club concernant l'Europa League à ce stade ?
B.G. : Je pense qu'on fera ce qu'on a fait depuis le début de saison concernant la composition d'équipe, parce que c'est ma philosophie. Quel que soit l'effectif, j'ai toujours fonctionné comme ça. Ce sera le quatrième match, le troisième à l'extérieur dans cette compétition. On va affronter une très bonne équipe, l'une des meilleures de Bundesliga, même si elle a perdu ce week-end. On ira pour faire le meilleur match possible et prendre des points. Mais quoi qu'il arrive après cette rencontre, il restera encore beaucoup de points à prendre dans cette compétition, avec trois réceptions sur les quatre derniers matchs. Tout sera encore possible.
Vous avez parlé de cette peur de concéder un but en fin de match, après ce qui s'est passé la semaine dernière et les expériences difficiles de la saison passée. Comment avez-vous travaillé cet aspect psychologique cette semaine ? En avez-vous beaucoup discuté avec les joueurs pour éviter que cette crainte ne les accompagne ?
B.G. : Non, on n'en a pas énormément discuté avant le match. J'ai surtout mis l'accent sur ce qu'on devait faire pour gagner. On avait quand même mis au point, notamment en discutant avec Pierre-Emile Hojbjerg, un plan au cas où on mènerait au score et où on voudrait gérer un peu cette fin de match. Je ne vous dirai pas quoi, mais ça a bien marché puisqu'on n'a pas pris de but.