Jeudi à Leverkusen, votre équipe a particulièrement bien réussi ses sorties de balle, notamment sur le but d'Amine Gouiri, précédé de 19 passes. Quelle importance accordez-vous à cette capacité à attirer l'adversaire dans votre camp pour ensuite le déséquilibrer ?
Bruno Genesio : J'aime que mon équipe soit capable de ressortir le ballon, mais pour cela, il faut aussi l'adhésion des joueurs. Je le dis tout le temps : évidemment, nous sommes là pour donner des idées de jeu. Ce qui est important pour nous, et ce que j'aime particulièrement dans notre équipe en ce moment, c'est qu'il y a beaucoup de mouvements. Cela donne énormément de solutions au porteur du ballon et nous permet de ressortir comme nous avons pu le faire sur le but. Mais il y a également eu d'autres situations où nous avons réalisé de très belles sorties de balle, même si elles ne sont pas forcément allées jusqu'au bout. Après, je le dis toujours parce que je le pense vraiment, et je suis content de voir que d'autres entraîneurs beaucoup plus huppés que moi, notamment Fabregas, le disent aussi : ce sont les joueurs sur le terrain qui voient les solutions, qui s'adaptent aux mouvements de l'adversaire et aux espaces qu'ils peuvent trouver. Nous, nous leur donnons des solutions et des idées de jeu. Mais ensuite, il faut avoir les joueurs capables de les appliquer, qui aient envie de les appliquer et qui les mettent réellement en œuvre sur le terrain. C'est donc toujours un travail commun. Ce n'est pas uniquement le travail de l'entraîneur. Bien sûr, il y a des choses que nous mettons en place et une façon de jouer que nous souhaitons voir sur le terrain. Mais il faut ensuite que les joueurs soient capables de la mettre en application. Et cela demande forcément des qualités techniques, mais aussi une véritable adhésion à ce que nous voulons faire.
Sur cette action, votre volonté était-elle d'attirer les joueurs de Leverkusen pour ensuite attaquer les espaces dans leur dos, ou est-ce une adaptation de vos joueurs à la situation ?
B.G. : Ce sont souvent les situations qui dictent ce que nous devons faire. Nous savions que les joueurs de Leverkusen auraient certainement envie de venir nous chercher. Nous avions identifié cela, notamment grâce au travail de nos analystes, et nous avions mis certaines choses en place. Mais comme je vous le dis, dans un match, il y a tellement de situations différentes qui peuvent se produire qu'il faut aussi que les joueurs soient capables de s'adapter sur le terrain. Ils doivent pouvoir répondre à un problème tactique qui n'a pas forcément été identifié avant la rencontre. Parce que dans un match, vous avez je ne sais combien de situations qui peuvent être différentes. L'adversaire peut également changer son animation. C'est là que l'intelligence des joueurs devient très importante, tout comme la communication entre le staff et les joueurs.
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Au-delà des résultats, on a le sentiment que votre équipe progresse et que vous avez désormais davantage de certitudes. Est-ce un constat que vous partagez ? Et quelles sont aujourd'hui vos principales certitudes concernant l'OM ?
B.G. : Des certitudes, non. Ce n'est pas un mot que j'utilise. Au contraire, je le dis souvent à mes adjoints, qui seront sûrement un jour entraîneurs principaux : dans le football, avoir des certitudes, c'est dangereux. Des convictions, oui. Je trouve que, par rapport à ce que nous souhaitons faire avec le staff et à ce que nous avons envie de voir de notre équipe, certaines choses vont désormais dans le bon sens. Au niveau du rythme que nous mettons dans nos matchs, de notre envie de jouer vers l'avant chaque fois que c'est possible, des mouvements, des rotations dans le jeu, et je parle bien des rotations dans le jeu, pas des rotations d'une équipe à l'autre. Oui, j'ai l'impression que nous voyons aujourd'hui des choses que nous ne voyions pas en début de saison. Il y a forcément une évolution à ce niveau-là. Maintenant, il faut continuer à travailler et rester humbles. L'humilité, c'est un mot que j'aime beaucoup, parce que tous les trois jours, tout est remis en question. C'est aussi ce qui permet de réaliser des matchs comme celui que nous avons fait à Leverkusen. Je pense vraiment que c'est un mot que nous devons toujours garder en tête, chaque jour. Cela nous permet de nous remettre en question et de rester mesurés, dans un sens comme dans l'autre, lorsque les choses vont bien ou lorsqu'elles vont moins bien. Je pense que c'est aussi grâce à cela que nous progressons.
À Marseille, il existe cette notion d'« enflammade ». Il y a un mois et demi, certains parlaient presque de maintien pour l'OM, et aujourd'hui, avec cette série de bons résultats, on commence à nouveau à évoquer la Ligue des champions. Est-ce le principal danger pour votre groupe ? Avez-vous besoin de rappeler vos joueurs à l'ordre avant Lens ?
B.G. : Oui, mais c'est valable dans les deux sens. Lorsque nous avons connu cet enchaînement de défaites, j'ai essayé de garder de la lucidité dans notre analyse, en faisant bien la différence entre le résultat et le contenu. Aujourd'hui, c'est exactement la même chose dans l'autre sens. J'aime m'inspirer des très grands entraîneurs et c'est exactement ce qu'a dit Luis Enrique hier au sujet de son équipe. Parce que c'est notre métier et c'est l'essence même de ce sport : la remise en question perpétuelle. Tout est très fragile. Je l'ai déjà dit, entre une victoire et une défaite, la frontière est parfois infime. Nous l'avons vu lors de nos derniers matchs de championnat. À Leverkusen, nous avons été un peu plus dans la maîtrise. Je ne pense pas qu'il faille forcément taper du poing sur la table, mais plutôt tenir ce discours. C'est davantage un discours préventif, qui ne repose ni sur la peur ni sur le doute. Il est simplement préventif parce que nous savons que cette fragilité concerne tous les clubs et toutes les équipes. Peut-être encore davantage ici, parce qu'il y a encore plus de ferveur et de passion, ce qui provoque cette enflammade, dans un sens comme dans l'autre. C'est donc à nous, le coach et l'ensemble du staff, et quand je parle du staff, j'inclus le staff technique, le médical, les intendants, tout le monde, de rester positifs par rapport à ce qui se passe, tout en gardant beaucoup de mesure et de prudence.
Avez-vous senti votre groupe euphorique après la victoire à Leverkusen ?
B.G. : Non. Heureux, content, fier, ça, c'est normal. Mais en tout cas, il n'y a pas d'euphorie.
Il y a quelques semaines, avant la précédente trêve internationale, le contexte était beaucoup plus lourd autour de l'OM, avec plusieurs défaites et des interrogations. Aujourd'hui, votre équipe joue mieux, gagne des matchs et vous semblez beaucoup plus serein. Comment expliquez-vous ce redressement ? Qu'est-ce qui a fait la différence ?
B.G. : Je vais revenir à ce que je viens de dire. Je pense que nous avons toujours essayé de rester mesurés. Évidemment, lorsque vous perdez et que vous accumulez les défaites, comme cela nous est arrivé, vous vous posez des questions et vous essayez de trouver des solutions. Mais nous sommes toujours restés mesurés, en tout cas entre nous. Quand je dis entre nous, je parle du groupe de joueurs et du staff qui vit quotidiennement avec eux. Nous sommes restés mesurés dans la défaite, en nous disant qu'il y avait malgré tout beaucoup de bonnes choses. Il y avait des matchs que nous perdions alors que nous aurions peut-être mérité mieux. Et de la même manière, depuis que les choses vont un peu mieux, nous ne sommes pas tombés dans l'euphorie. Nous avons également pointé ce que nous devions encore améliorer, ce que nous pouvions encore améliorer et ce que nous devions continuer à bien faire. Tout cela en restant mesurés. Je crois que c'est avant tout ce discours qui a été très important pour les têtes, dans un sens comme dans l'autre.