Zubizarreta : le moment de se poser les bonnes questions

Publié le 03/04/2019 à 07:00

Lundi soir, L'Équipe confirmait un bruit lancé par la presse anglaise depuis une dizaine de jours. Convoité par Arsenal, qui cherche à remplacer son directeur sportif débarqué en février, Andoni Zubizarreta serait très tenté de quitter l'OM pour rejoindre son compatriote Unai Emery à Londres. Arrivé en octobre 2016 en même temps que Rudi Garcia, l'ancien Barcelonais serait "gagné par la lassitude d'un club qui n'avance pas dans le bon sens". On ne connait pas le degré de crédibilité de la rumeur, mais à bien y réfléchir, cette possibilité ne nous parait pas farfelue, notamment en observant le parcours de Zubi depuis son arrivée à l'OM. D'abord encensé pour son passé, ses références et son charisme discret, le Basque a rapidement fait l'objet d'interrogations sur son action là où on l'attendait le plus : le mercato. Très vite, les premières rumeurs sur l'omnipotence de Rudi Garcia sur ce domaine sont apparues. Fondées ou pas, sûrement amplifiées par certains agents en mal de business, elles ne cessent de grossir pour devenir une vérité établie aux yeux des supporters et des réseaux sociaux. Pour résumer, tout le monde se demande "à quoi sert Zubi ?" À tel point que Jacques-Henri Eyraud doit régulièrement répondre sur ce sujet et vanter les mérites de l'harmonie entre le trio qu'il forme avec son directeur sportif et son entraîneur.

Bernès : "C'est le poste le plus important dans un club"

La question d'un éventuel départ pour Arsenal sera certainement tranchée très rapidement. Mais, en attendant, on peut s'interroger sur la situation de Zubizarreta et de ses prétendues relations compliquées avec Rudi Garcia. L'Équipe explique que les deux hommes "sont de moins en moins en phase", ce qui n'est pas impossible et pourrait expliquer en partie les difficultés du club cette saison. Difficile à dire tant que les personnes concernées ne s'expriment pas sur la question. En revanche, il ne faut pas prendre le sujet à la légère, compte tenu de l'importance du directeur sportif dans un club de la dimension de l'OM. C'est ce qu'explique au Phocéen Jean-Pierre Bernès, agent de joueur et ancien DS du club olympien : "Pour moi, c'est le poste le plus important dans un club. En France, on a souvent une vision négative du DS, mais si la personne est bien choisie, qu'elle est compétente, c'est un poste capital dans l'organisation. Dans tous les grands clubs étrangers, il y a des DS de haut niveau, mais en France il y a toujours des réticences, certainement de la part des entraîneurs. Pourtant, c'est la base. Le directeur sportif est la cheville ouvrière, et il n'est le larbin de personne. Il est là pour imposer ses idées, tout en ayant des échanges permanents avec le coach et le président. C'est pour cela que le choix du DS est capital, il ne faut pas se tromper. Le président choisit le directeur sportif qui, lui-même, doit choisir l'entraîneur. Voilà comment les choses doivent se passer".

Pour L'Equipe et La Provence, Zubi ne pèse plus

Elles ne se sont pas forcément passées dans ce sens-là à l'OM, et c'est peut-être ce qui explique les difficultés évoquées par L'Équipe, mais aussi La Provence qui explique que Zubi "a très vite eu les mains liées" et n'a "plus vraiment de poids" dans le processus de décision. On ne sait pas si le fossé est aussi creusé, mais en cas de réels dysfonctionnements du duo, il y a matière à réfléchir compte tenu de l'importance du poste et de la proximité d'échéances capitales comme le mercato et le changement de cycle évoqué récemment par Eyraud, même si le job ne se limite pas à ça. "Le DS n'est pas là uniquement pour acheter des joueurs, explique Bernès, ce n'est pas un marchand de biens. Il est là au quotidien pour parler aux joueurs de choses qu'ils ne disent pas forcément à l'entraîneur, et inversement. Évidemment que le mercato est important, mais sa responsabilité ne se limite pas à ça". Parler aux joueurs, c'était peut-être la fonction la plus importante cette saison quand on voit le comportement de l'équipe, et sur ce point, on ne peut pas vraiment parler de réussite. À qui la faute ? Difficile à dire tant que l'on n'en sait pas plus sur le sujet. Toujours est-il qu'en cas de départ de Zubizarreta, il sera temps de se poser les bonnes questions sur un fonctionnement qui a peut-être atteint ses limites...