Dix ans après son arrivée à la tête de l'Olympique de Marseille, Frank McCourt entend ouvrir une nouvelle phase dans le développement du club. Selon une enquête publiée ce lundi par Le Journal du Dimanche, le propriétaire américain souhaite mettre fin à un fonctionnement reposant largement sur ses apports financiers.
Le quotidien rappelle que McCourt a investi plus de 700 millions d'euros depuis son arrivée en octobre 2016, dont 100 millions supplémentaires injectés durant l'hiver dernier. Malgré cet engagement, l'OM reste confronté à une situation financière difficile. Le club a notamment enregistré un déficit de 105 millions d'euros en 2025 et fait l'objet de sanctions des instances françaises et européennes, qui limitent actuellement sa capacité à recruter et font peser des risques sur la saison prochaine.
La mission confiée à Stéphane Richard, nommé président de l'OM, consiste donc à réorganiser le fonctionnement du club et à développer ses ressources. L'ancien dirigeant d'Orange s'appuie notamment sur Alban Juster pour les activités commerciales et Gregory Lorenzi pour le secteur sportif. Le prochain passage devant la DNCG, prévu en décembre, constituera une première échéance importante. Les dirigeants espèrent obtenir davantage de marge de manœuvre pour le mercato hivernal.
Un nouveau centre d'entraînement à Trets pour 70 millions d'euros
C'est l'un des principaux enseignements de l'enquête du JDD. Le futur centre d'entraînement et de formation de l'OM devrait être implanté à Trets, à environ trois quarts d'heure de Marseille. Le projet porterait sur une surface d'environ 13 hectares, pour un investissement estimé à 70 millions d'euros. Le 21 octobre dernier, Stéphane Richard avait déjà confirmé l'existence de ce projet auprès de l'AFP, sans en dévoiler la localisation. Le président marseillais avait expliqué que le club avait identifié un site et souhaitait disposer d'installations plus grandes et plus modernes. Un projet présenté comme essentiel pour développer la formation et préparer l'avenir.
La piste de Trets n'est pas nouvelle. Dès décembre 2024, l'hypothèse d'une implantation sur le site de la campagne Roubaud, route de Rousset, avait été évoquée. En mars dernier, le média local Trets au Cœur rappelait qu'une délibération métropolitaine avait ouvert à l'urbanisation environ 13 hectares dans ce secteur, avec la possibilité d'y aménager plusieurs terrains, des bâtiments de formation et des hébergements pour sportifs. Aucun accord définitif n'était alors signé et la localisation reste aujourd'hui à officialiser. Récemment encore, c'est la chaîne Youtube La Tribune Olympienne qui en faisait état. Ce déménagement pourrait également modifier l'utilisation de la Commanderie. Selon le JDD, l'actuel Centre Robert-Louis Dreyfus ne serait pas nécessairement vendu. Il pourrait être réaménagé afin d'accueillir les équipes féminines. Le développement des Marseillaises fait partie des priorités de la nouvelle organisation du club. La formation constitue également un enjeu économique important. Le JDD rappelle notamment que les départs de Robinio Vaz et Darryl Bakola ont rapporté plus de 35 millions d'euros lors du dernier mercato hivernal. La volonté de disposer d'infrastructures adaptées répond ainsi à un double objectif : alimenter l'équipe première et développer les recettes liées aux transferts.
Adidas dès 2027 et de nouvelles ressources commerciales
Autre dossier majeur, le retour d'Adidas comme équipementier de l'OM se précise. Selon le JDD, la marque allemande devrait retrouver le club dès 2027, huit ans après son départ. Une information qui rejoint celles publiées le 28 octobre par L'Équipe. Le quotidien sportif expliquait qu'Adidas et Puma avaient trouvé un accord permettant d'anticiper d'un an la fin du contrat actuel, initialement prévue en 2028.
L'opération représenterait une progression importante des revenus de l'OM. Selon L'Équipe, le futur partenariat pourrait rapporter entre 32 et 35 millions d'euros par saison, contre environ 20 millions actuellement avec Puma, en tenant compte des différentes primes. Le JDD évoque de son côté une rémunération nettement supérieure aux sommes versées par l'équipementier actuel, qu'il estime à environ 25 millions d'euros annuels. Ces montants restent des estimations de presse en l'absence de communication officielle détaillée, qui ne se présentent jamais dans ces cas-là.
L'OM souhaite parallèlement renforcer son activité commerciale. Le club multiplie les partenariats, à l'image de la Cepac, désormais associée au naming du Vélodrome, ou de Sendwave, récemment apparu sur le maillot olympien. Le développement des revenus issus du stade constitue un autre axe de travail. Avec plus de 60 000 spectateurs de moyenne et 49 000 abonnés, espaces VIP compris, le Vélodrome reste un atout économique majeur.
Les dirigeants étudient également la création d'un musée consacré à l'histoire de l'OM. L'idée consiste à développer les activités autour du stade et à attirer des visiteurs au-delà des seuls jours de match. Un projet déjà dans les cartons il y a dix ans sous l'impulsion de Jacques-Henri Eyraud.
De nouveaux investisseurs, mais pas de vente annoncée
La recherche de partenaires financiers constitue un autre volet important de la stratégie de McCourt. Le propriétaire américain souhaite s'entourer d'investisseurs capables d'accompagner le développement du club. Le JDD souligne toutefois que cette démarche pourrait prendre du temps et ne signifie pas nécessairement une vente de l'OM.
Une position déjà exprimée par Stéphane Richard le 2 septembre dernier sur RMC, dans l'émission Rothen s'enflamme. Le président marseillais avait alors indiqué que McCourt était disposé à accueillir de nouveaux actionnaires, tout en affirmant que le club n'était pas à vendre. À cette date, aucune démarche concrète n'avait été engagée et aucun partenaire n'avait été annoncé.
L'enjeu est désormais de permettre à l'OM de financer ses ambitions sans dépendre systématiquement des injections de son propriétaire. En attendant une éventuelle évolution de l'actionnariat, la direction doit donc améliorer les recettes et réduire les dépenses. Le retour à l'équilibre prévu en 2028 reste un objectif, pas une garantie.
20 000 contenus par an et une transformation numérique
L'enquête du JDD révèle également les ambitions de l'OM dans le domaine numérique. Le club revendique une communauté d'environ 30 millions de personnes sur ses différentes plateformes, dont les deux tiers vivent à l'étranger. La direction souhaite produire jusqu'à 20 000 contenus géolocalisés par an afin de mieux toucher ces publics et de développer les revenus publicitaires associés.
Stéphane Richard supervise personnellement les projets liés à l'innovation et à la transformation digitale, avec une attention particulière accordée à l'intelligence artificielle. Une orientation qui fait écho aux activités de Frank McCourt dans ce domaine, notamment à travers sa participation à la Pro-Human AI Coalition et son initiative Project Liberty.
Au-delà des projets commerciaux et immobiliers, l'OM devra rapidement obtenir des résultats sur le plan financier. Le rendez-vous de décembre devant la DNCG permettra de mesurer les premières conséquences de la réorganisation engagée par Stéphane Richard. À plus long terme, la réalisation du nouveau centre d'entraînement, l'augmentation des recettes commerciales et l'arrivée éventuelle de partenaires au capital seront déterminantes pour atteindre l'équilibre économique visé en 2028.