Roberto De Zerbi a donné à l’Olympique de Marseille une identité claire. Un 4-2-3-1 fluide, exigeant, structuré autour de principes forts : construction courte, pressing haut et alternance de circuits de passes intérieurs et extérieurs. Mais dans ce schéma où presque chaque poste semble avoir trouvé sa hiérarchie, un mystère demeure : qui pour incarner ce rôle de “numéro 10” hybride, entre création et compensation défensive ?
C’est peut-être là, dans cet entre-deux, que se loge le seul vrai casse-tête du coach marseillais.
Un poste instable, malgré la stabilité du système
De Zerbi n’a jamais renoncé à son double pivot. Højbjerg, leader et aboyeur du milieu, s’est imposé comme le garant de l’équilibre. O’Riley, de son côté, alterne entre meneur reculé et deuxième relanceur, souvent juste dans ses choix. Mais au-dessus d’eux, la zone du “10” reste un chantier permanent.
Tour à tour, Angel Gomes, O’Riley ou même Rabiot (avant son départ) ont été testés à ce poste avancé. Aucun ne s’y est vraiment imposé avec brio.
Angel Gomes, le premier à enchaîner les titularisations, a déçu par son manque d’impact dans les zones décisives. Joli pied, bonne technique, mais trop peu de stats, trop peu d’influence sur la durée d’un match. Quant à O’Riley, positionné à ce poste face à Lorient ou au Real Madrid, a semblé bridé, moins libre de dicter le tempo. Et avant eux, Rabiot, en pré-saison, avait aussi eu du mal à trouver sa place dans les circuits de passes.
Pourquoi ce poste résiste à De Zerbi
La difficulté vient de la nature même du poste. Dans le 4-2-3-1 marseillais, ce “10” n’est pas un meneur classique. Il doit être à la fois créateur, déclencheur du pressing, et couverture défensive lors des pertes de balle.
“C’est un poste de transition permanente”, résume t-on à l'OM. En clair, le joueur doit savoir presser aussi bien que créer. Un équilibre rare, qui explique les tâtonnements.
De Zerbi veut que ce “10” se replace, pour reformer un 4-4-2 compact. Quand Greenwood décroche, il doit occuper le couloir. Quand l’OM récupère, il doit être dans la zone d’influence entre les lignes. Un rôle énergivore, exigeant, qui réclame autant de volume de course que d’intelligence tactique.
Or, à ce jour, aucun joueur n’a coché toutes les cases.
Angel Gomes, symbole des limites du profil actuel
Le débat du plateau du Phocéen l’a mis en lumière : Angel Gomes, malgré sa bonne volonté, ne parvient pas à marquer les matchs.
Pas assez décisif pour un meneur, pas assez solide pour un relayeur, le petit gabarit anglais semble coincé entre deux fonctions. Il ne récupère pas, ne se projette pas assez, et peine à trouver ses repères dans un secteur où les transitions se jouent à haute intensité.
Certes, il a inscrit un superbe but contre Lorient, mais depuis, le néant statistique. Aucune passe décisive, aucune influence durable.
L’ombre de Vermeeren et l’hypothèse Traoré
Face au Sporting, De Zerbi pourrait être tenté de relancer Vermeeren dans l’axe, après sa pause internationale avec les jeunes belges. Le gamin de 20 ans a cette lecture du jeu et cette projection vers l’avant que le coach recherche.
Mais une autre option fait son chemin : Hamed Junior Traoré. Recruté cet été, freiné par une blessure, il a montré à Auxerre qu’il pouvait jouer partout derrière l’attaquant. Buts, volume, percussion : le profil type du 10 moderne.
“Quand tu as un mec qui marque dans ce rôle, ça te rassure davantage”, disait un Maxence Volpe dans le talk. Et c’est exactement le point clé.
L’OM marque beaucoup, mais son 10 ne marque pas. Dans un football où les milieux offensifs doivent participer au scoring, cette anomalie saute aux yeux.
Un casse-tête, mais aussi une richesse
Le paradoxe, c’est que cette instabilité ne nuit pas (encore) à la performance collective. L’OM empile les buts, passe premier, et De Zerbi réussit à concerner tout le monde.
Mais sur la durée, l’absence d’un “chef d’orchestre” entre les lignes pourrait devenir un vrai frein, surtout dans les gros matchs européens où les transitions adverses se paient cash.