OM : comment Bernès aurait géré le cas Kamara

L'agent historique marseillais évoque avec Le Phocéen le problème de la fin de contrat de Bouba Kamara.

Publié le 12/01/2022 à 01:00

C'est désormais un secret de polichinelle : à moins d'un retournement de situation de dernière minute, l'OM a toutes les chances de voir Bouba Kamara s'envoler libre au printemps, lorsque son contrat expirera. Une grosse perte sportive, évidemment, mais aussi financière, car nul n'ignore la valeur sur le marché du jeune milieu formé au club depuis sa plus tendre enfance. Triste constat, d'autant que l'OM n'a pas ménagé ses efforts pour prolonger son contrat ces derniers mois. Mais le football d'aujourd'hui est ainsi fait, même si certains estiment que l'issue aurait dû être différente. C'est ce qu'explique au Phocéen Jean-Pierre Bernès, ancien directeur sportif de l'OM champion d'Europe et surtout agent historique des plus grands joueurs français depuis deux décennies. Interview :

Que vous inspire le cas Bouba Kamara à l'OM ?

Jean-Pierre Bernès : "C'est sa décision, celle de ses conseillers, et ça se respecte. Mais d'un point de vue personnel, ça ne me plait pas. Déjà pour l'OM, car j'estime que l'on doit être reconnaissant envers le club qui vous a formé, mais aussi parce que les joueurs qui choisissent cette voie sont rarement gagnants".

Sur ce dernier point, on ne peut pas nier que certains parviennent à toucher de grosses primes à la signature, ou des salaires très importants grâce à leur statut de joueurs libres...

JPB : "C'est très rare. Effectivement, on peut être demandé lorsqu'on est libre, mais on ne sait pas s'il y a vraiment un intérêt sportif, car les clubs ne prennent aucun risque sur ces dossiers. Le joueur pense que le club le veut absolument, mais il le veut surtout parce qu'il est gratuit. Au final, il y a de grandes chances pour qu'il ne soit pas désiré par l'entraîneur, et qu'il ne joue pas. C'est donc un très mauvais calcul. Et puis il ne faut jamais négliger le risque de la blessure. Si Mbappé se blesse grièvement au mois de mars, est-ce que le Real en voudra toujours ?".

Avez-vous déjà négocié avec un autre club pour l'un de vos joueurs en fin de contrat ?

JPB : "Je n'ai jamais laissé l'un de mes joueurs libres. Tous ceux qui l'étaient en fin de saison, je les ai toujours prolongés, y compris au mois d'avril comme Nasri en 2008. C'est d'ailleurs dans ces situations que le joueur et le club ont gagné le plus d'argent. Ils ne l'ont jamais regretté, car tout le monde été gagnant".

Pour en revenir au cas de Bouba Kamara, on dirait qu'il y a une sorte de fatalité à l'OM avec ces joueurs qui partent libres, comme Ayew, Gignac ou Thauvin avant lui ?

JPB : "Je n'aime pas ça. Après on les revoit dans les tribunes du Vélodrome ou sur leurs réseaux sociaux embrasser l'écusson de l'OM. Tout vient de leur environnement qui ne voit que le côté financier, alors que l'on peut parfaitement monter des deals gagnant-gagnant avec son club. Pour Kamara, ça me gêne d'autant plus qu'il s'agit de son club formateur, et c'est pire".

N'est-ce pas facile à dire vu de l'extérieur ? Que feriez-vous à la place de son conseiller ?

JPB : "Avec moi, le dossier serait réglé en dix minutes. Le joueur ne serait pas perdant et le club serait gagnant. On ne quitte pas son club formateur comme ça. Mais encore une fois, ce n'est pas la faute des joueurs. Ils écoutent ce qu'on leur dit, et malheureusement, ces conseillers se fichent complètement du comportement et de l'image. Il y a les agents professionnels, qui ont pignon sur rue depuis des décennies et ont de vraies relations avec les dirigeants, et maintenant il y a les copains ou la famille dont ce n'est pas le métier. C'est un sujet qui bouleverse la donne aujourd'hui, on pourrait en faire une thèse de doctorat".