Mediapro : Bouchet ne croit pas au "Spotify du foot" d'Aulas

L'ancien président de l'OM s'exprime sur la crise de Mediapro qui risque de plonger le foot français dans l'abime.

Publié le 16/10/2020 à 15:00

On a appris la semaine dernière que le défaut de paiement de Mediapro, dont la traite de 172 M€ pour le mois d'octobre n'est pas arrivée à la LFP, plonge les clubs de Ligue 1 et Ligue 2 dans une situation très critique. Une catastrophe que la Ligue tente d'atténuer provisoirement avec des emprunts auprès des banques, sans toutefois résoudre le cataclysme annoncé. Un bug majeur qui, s'il n'était pas prévisible, aurait pu être plus sérieusement étudié en amont, comme l'explique au Phocéen l'ancien président de l'OM Christophe Bouchet, lui qui a longtemps ferraillé dans le dossier des droits TV au bénéfice du club olympien : "C'est la pire chose qui pouvait arriver, avec la combinaison de deux facteurs inattendus que sont la crise sanitaire et la crise économique. C'est d'ailleurs pour cela que j'avais proposé en 2004 à la LFP de constituer un fonds de sauvegarde, mais cela avait été retoqué et c'est bien dommage au vu de ce qu'il se passe aujourd'hui. Concernant Mediapro, on se rend compte que les Italiens, qui ne sont pas plus idiots que nous, avaient refusé de signer avec eux. N'importe quel étudiant en première année d'économie aurait compris qu'on ne pouvait pas obtenir 25 euros/mois de la part 3,5 millions de français (le seuil de rentabilité estimé), crise ou pas, d'ailleurs. Mais, les présidents de clubs ont toujours été persuadés que leur martingale était infaillible, et on voit que les garanties qui ont été prises sont largement insuffisantes".

Aulas : "L’idée que je veux défendre, c’est qu’il faut un Spotify du foot ou un Deezer du foot"

Hier mercredi, Jean-Michel Aulas s'est lui aussi exprimé sur le sujet en évoquant un possible défaut définitif de Mediapro. Pour lui, l'idée est que les amateurs de foot à la télévision puissent enfin avoir une offre unique à la manière d'un Spotify pour la musique. "Canal+ et BeInSports ont évidemment leur mot à dire, mais je pense que c’est plutôt vers d’autres opérateurs que la Ligue se tournera. Les temps changent, on n’est plus sur des ventes de droits télé d’exclusivité uniquement, mais aussi sur de la masse. Free s’installe. Amazon a acquis des droits en Angleterre et en Allemagne. L’UEFA discute aussi avec Alibaba. Des Gafa peuvent arriver dans le jeu ou de grandes sociétés de distribution mondiale, comme Netflix, qui ont les capacités de toucher un large public. Ils vont modifier les règles. Mais il faut trouver un prix beaucoup plus bas. L’idée que je veux défendre, c’est qu’il faut un Spotify du foot ou un Deezer du foot. Il faut une offre unique avec un prix attractif et que le public n’ait plus à se poser la question sur quelle chaîne est le match".

Bouchet : "Il y a un potentiel de téléspectateurs payants en France que l'on connait après 25 ans d'expérience. Ce n'est pas en changeant le mode opératoire qu'on va en trouver d'autres"

Une idée à étudier, pourquoi pas, mais pour Christophe Bouchet, elle n'ira pas très loin : "On l'a déjà fait ! Rappelez-vous de l'expérience CFoot qui n'a duré qu'un an. Il faut prendre conscience que les arbres ne montent pas jusqu'au ciel. Il y a un potentiel de téléspectateurs payants en France que l'on connait après 25 ans d'expérience. Ce n'est pas en changeant le mode opératoire qu'on va en trouver d'autres, comme par magie. Si encore il y avait eu des changements profonds sur le championnat lui-même afin de recruter plus de 3 millions de personnes payantes, pourquoi pas ? Mais ce n'est pas le cas. On connait le nombre et il est limité. Si on avait, en plus du PSG, un OM racheté par l'Arabie Saoudite, un Lyon ou un Bordeaux rachetés par un géant des GAFA et qui recruteraient les Messi ou Ronaldo de demain ou d'aujourd'hui, je veux bien. Mais là, la L1 reste ce qu'elle est avec, hors Paris, des clubs qui se battent pour des joueurs qui ne sont pas des joueurs premium. Alors, si on fait cette plateforme Deezer ou Spotify, que va-t-il se passer ? Avec mon fils, on s'est abonnés à Téléfoot pour voir les matches de l'OM, mais on ne regarde que ça ! Si demain on a une plateforme, les gens ne vont pas payer 25 euros pour ne voir que les matches de l'OM, alors que les autres ne les intéressent pas".