Libbra : "L'OM est vraiment en danger"

Publié le 14/01/2019 à 16:00

Après le match nul face à Monaco (1-1), on ne peut pas dire que la situation de l'OM se soit améliorée. Au contraire, outre une nouvelle descente au classement (9e), on a vu le fossé entre le club et ses supporters s'agrandir encore un peu. Banderoles, insultes, sifflets et échanges confus en fin de match avec les joueurs nous ont rappelé des situations passées que l'OM a eu beaucoup de mal à gérer par la suite. De quoi inquiéter l'ancien attaquant olympien Marc Libbra, qui a vécu tous ces remous et qui craint de les voir ressurgir. Interview :

Marc, que t'a inspiré ce match nul face à Monaco ?

Marc Libbra : "J'ai vu un OM malade, sans repère. Le meilleur exemple, c'est Lucas Ocampos en pointe qui ne sait pas où se positionner. De l'autre côté, on a vu un Monaco renforcé par ses recrues du mercato, avec l'apport de Naldo, Fabregas ou Ballo-Touré. L'OM a besoin de renfort, ce n'est pas nouveau".

Quelle est ta vision du contexte dans lequel s'est déroulé le match ?

ML : "C'est normal, en tout cas à l'OM. J'y ai passé presque 10 ans, et tu sais qu'à l'OM, il y a ce qu'on trouve de plus beau dans le football, mais aussi de plus moche. Le plus beau, c'était la saison passée, et le plus moche, c'est maintenant. Et encore, je trouve que c'est assez tranquille, parce qu'on a connu des supporters beaucoup plus virulents il y a encore quelques années. Aujourd'hui, il y a de la colère, des banderoles, des sifflets. Mais quand tu es international, voire champion du monde, si tu n'arrives pas à faire abstraction de ça, tu n'as rien à faire à l'OM. Marseille n'est pas un club comme les autres, il vit grâce à ses supporters et à cette ferveur populaire qui ne s'arrête jamais. Quand tu vis ça comme la saison dernière, il faut accepter ce qui se passe aujourd'hui".

Tu regrettes le manque de dialogue avec les supporters ?

ML : "Bien sûr. À mon époque, chaque année, le coach et les joueurs devaient rencontrer les supporters. Ils étaient une cinquantaine et on les voyait dans les bâtiments de la section amateurs. Ça gueulait parfois, mais au moins on dialoguait. Aujourd'hui, on refuse de les voir, où alors, c'est deux personnes par groupe. Mais, qu'on le veuille ou non, les supporters pensent que l'OM leur appartient, et ce sera toujours comme ça. Il faut s'adapter à cette particularité".

Que penses-tu de la situation de Rudi Garcia ?

ML : "On lui a donné les pleins pouvoirs, et c'est très difficile à admettre pour les supporters. Encore hier soir, il nous explique que tout va bien dans le vestiaire, mais personne ne le croit. Il est responsable de ce qui se passe dans son groupe. En ce qui concerne Jacques-Henri Eyraud, il n'a pas le poids que peut avoir un Aulas dans cette situation, par exemple. Lui est capable d'aller s'expliquer avec ses supporters ou de mettre la pression sur ses joueurs, pas Eyraud. Et Zubizarreta, il fait quoi là-dedans ? Ce sont les questions que tout le monde se pose aujourd'hui".

Tu penses que Garcia doit partir ?

ML : "Je ne sais pas, mais je me demande si les joueurs ont envie de faire l'effort pour lui, et je n'ai pas eu la réponse après Monaco. Si l'OM perd face à Saint-Etienne mercredi, ça risque de devenir invivable pour lui. Après, il vient de prolonger deux ans, alors je ne vois pas ce que peuvent faire les dirigeants avec ça, d'autant qu'il n'y a pas de solution de remplacement en interne. En plus, il n'y a plus d'argent pour recruter, alors lâcher entre 10 et 15 millions pour limoger le coach... Tout ça me parait très compliqué et je pense que l'OM est vraiment en danger. L'actionnaire et le président ne connaissent pas vraiment le football, et le seul qui s'y connait, c'est Zubizarreta qu'on ne voit jamais".

C'est une vision très pessimiste...

ML : "Oui, mais il y a de quoi. Il ne manque pas grand-chose pour que tout parte en sucette et que les gars mettent les voiles. Prenez des joueurs comme Thauvin ou Kamara, qui sont les principales valeurs marchandes du club, on fait quoi s'ils demandent à partir ? Kamara ne joue plus, Luiz Gustavo est encore aligné derrière, et je ne suis pas sûr qu'ils soient très satisfaits de la situation. Il va falloir faire attention à tout ça. C'est un contexte qu'on a déjà connu et qu'il faut éviter absolument. C'est pour ça que je pense qu'il faut rétablir à tout prix le dialogue avec les supporters".