Radonjic, la sélection comme échappée belle ?

Convoqué avec la sélection serbe pour les matchs contre la Russie dès ce soir puis la Turquie dimanche, NR7 serait bien inspiré d'utiliser cette Ligue des Nations pour se remettre dans le rythme avec l'OM.

Publié le 03/09/2020 à 12:00

La semaine dernière, à l’aube du premier match des marseillais à Brest, Le Phocéen faisait un tour d’horizon des défis qui attendent Nemanja Radonjic cette saison. Avec au menu, un focus sur ce que l’international serbe réussissait mieux la saison dernière que lors de sa première année : des entrées en jeu enfin décisives, des certitudes en tant que joker de luxe, une intégration plus franche à la vie du groupe Olympien. Mais, il nous était impossible de ne pas émettre également quelques doutes concernant sa propension à dribbler plus que de raison jusqu’à l’entêtement, sa capacité à peser sur le jeu dès l’entame d’un match, ou encore l’impact et l’implication qui lui seront demandés cette saison tant en Ligue 1 qu’en Champions League. En clair, et cela n’étonnera que peu de supporters Marseillais, NR7 souffle le chaud autant que le froid dans les esprits et ce premier match à Brest ne nous aura que peu réchauffé les idées.

Entre épopée en soliste et efficacité collective, un dosage urgent à trouver

L’éternel problème des ailiers lancés à toute allure vers le but adverse reste de savoir doser l’épopée personnelle et la réussite collective. Soit la différence entre un joueur prometteur, aussi étincelant soit-il par moments, et un confirmé, voire un cadre du poste, excellant dans l’élimination directe autant que la passe déroutante (voire évidente) dans ou aux abords de la surface. Entré en jeu à plusieurs reprises la saison dernière dans un rôle de joker explosif, Nemanja a su tirer son épingle du jeu en scorant lors de matchs serrés et incertains, comme face à Brest au Vélodrome, un but qui restera dans les mémoires. Sur cette action, Docteur Jekyll-Radonjic s’empare du ballon après la balle au centre suite à une égalisation brestoise inattendue et s’engouffre dans la défense adverse au gré d’une conduite de balle soyeuse, d’un crochet bien senti, pour terminer le travail d’une frappe millimétrée et enroulée du pied droit. Quel talent ! Quelle audace ! Voilà pourquoi on aime le football, pour ce genre d’exploit individuel de grande classe ! D’accord. Nous aimons le football pour ça. Mais pas que. Si le coeur a ses raisons que la raison ignore, les supporters, eux, savent que les grands dribbleurs ne peuvent exister sur la durée qu'au prix d'un sens du collectif certain, source de succès et de performances régulières. Qu’un bloc équipe reste la base de tout dans le football moderne et qu’il faut savoir doser ses dribbles défensifs comme offensifs, au risque de mettre une équipe entière en péril. Dimanche soir à Brest, par une conduite de balle plus vraiment soyeuse et des tonnes de dribbles droit dans le mur, l’ailier serbe nous a donné la désagréable impression d’un individualisme systématique et contre-productif. Et nous a surtout prouvé qu’il restait à ce jour, selon ses humeurs et ses inspirations, un Mister Hyde de haute volée.

Radonjic, glacial en été, bouillant cet hiver ?

Sa convocation en équipe de Serbie lui fera peut-être du bien, en même temps qu’elle lui remettra la tête et les pieds à l’endroit. Ce fut le cas la saison passée à plusieurs reprises. En terme d’efficacité et de confiance en lui, ses deux buts en équipe nationale contre le Luxembourg et l’Ukraine en novembre 2019 ont sans doute lancé son incroyable série hivernale avec l’OM : entre le 24 novembre et le 5 février, celui que l’on a alors surnommé NR7 non plus pour le tancer (plus ou moins gentiment) mais plutôt pour l’encenser, inscrit 5 buts en Ligue 1 ainsi qu’un pion supplémentaire contre Granville, en Coupe de France. Seul hic ? A l’exception de son but à Saint-Etienne (et d’une passe décisive au Vélodrome face à Nîmes, même si Payet semble faire l'essentiel boulot), toutes ses stats sont établies en tant que joker, entrant pour soulager ses coéquipiers ou sauver les meubles. De quoi douter, à nouveau, de ses capacités à être décisif pour les Olympiens d’entrée de jeu. Bien sûr, il ne s’agissait à Brest que de son premier match officiel de la saison. Bien sûr, il a été coupé dans son élan la saison dernière par une pubalgie qui l’a privé d’activité physique intense durant 60 jours puis, par l’arrêt du championnat. Bien sûr, sa convocation en équipe nationale qui verra la Serbie affronter la Russie et la Turquie peut tout à fait lui redonner du rythme comme de la confiance en lui. Mais espérons que celui qui s’avère être, pour l’instant, un flamboyant joueur en hiver, ne finisse pas par devenir un éternel homme de l’ombre. Car d'ici là, Dimitri Payet sera de retour et Marley Aké reste un joueur motivé et prometteur, spécialiste du poste d'ailier gauche...