Labrune et la stratégie du flou

Labrune et la stratégie du flou

Le Phoceen TV

Extrait de Stade 2 du 22/05/2016

Publié le 23/05/2016 à 10:53

L'ascenseur émotionnel, c'est quelque chose que l'on maîtrise plutôt bien lorsqu'on est supporter de l'OM. Du coup, pour que ça marche encore, il faut y mettre les moyens. Ceux qui alimentent le flux d'information sur le club, et donc sur la vente, la première des préoccupations, ont donc fait fort. Après la finale, plusieurs informations filtrent. Au stade de France, Vincent Labrune croise plusieurs amis journalistes. Il lâche une phrase à gauche, une phrase à droite, jamais de manière innocente. Après coup, le timing le confirme, rien n'a été laissé au hasard. C'est d'abord le lendemain matin, dans le JDD, que le président de l'OM est présenté comme "prêt à assurer une période de transition". Tiens, il était pourtant décrit comme au bout du rouleau il y a quelques semaines, bien décidé à ne pas repartir dans une telle mission galère... Mais, tel Rambo, il a fini par se convaincre que c'était sa guerre. VL travaille désormais jour et nuit avec des agents pour gérer au mieux la vente de certains cadres avant le passage devant la DNCG ainsi que sur la cession du club. Et les résultats ne tardent pas à tomber : en fin de journée, sur Stade 2, Fabien Lévèque assure que le dossier de la vente va avancer d'ici 15 jours. Le journaliste double son intervention télévisée d'un tweet, comme pour bien marteler le message. Le supporter qui s'est raccroché pendant une semaine à l'espoir de sauver la saison avec une coupe de France n'a même pas le temps de chercher un coupable à la situation actuelle qu'une nouvelle occasion de regarder devant lui est offerte : la vente approche, il faut se tenir prêt. Mais le lendemain, douche froide : la vente ne pourrait intervenir qu'en octobre puisqu'il faut de toute façon plusieurs mois pour vendre un club. Voilà pour le tour de montagne russe offert à l'aficionado marseillais. 

L'arme favorite : le double-discours

Comment en est-on arrivé là ? Plusieurs explications. Comme bien souvent dans ce genre de cas, il y a deux clans qui se répondent par médias interposés en balançant sous couvert d'anonymat vérités et contre-vérités. Ici, vraisemblablement, cela concerne Vincent Labrune et sa garde rapprochée ainsi que les nouveaux hommes de confiance de Margarita Louis-Dreyfus, représentés par Igor Levin et Mehdi El-Glaoui. Il ne faut peut-être pas aller si loin, c'est tout simplement une nuance glissée comme une peau de banane qui a fait la différence. Vincent Labrune ne s'est pas fait avoir par la pluie d'Ile-de-France pour se croire déjà à la fin du mois de septembre, mais s'il a évoqué une avancée dans les quinze jours, cela ne voulait pas dire que l'histoire allait enfin connaître son dénouement. Voilà comment occuper le terrain. Et au final, peu importe l'implication de Labrune dans ce flou artistique, la seule conclusion c'est que cela lui profite pleinement. Le président de l'OM se retrouve à nouveau dans une position qu'il adore. Il peut prendre des décisions tout en jurant que cela ne vient pas de lui mais de plus haut. Il avait fonctionné de la même manière il y a deux ans avec l'arrivée de Marcelo Bielsa, faisant croire aux journalistes locaux et aux joueurs envoyés dans le loft qu'ils étaient black-listés sur ordre du technicien argentin... Aujourd'hui, si certains agents ne savent pas qui appeler pour proposer un joueur à l'OM ou discuter prolongations, d'autres seraient en contact constant avec lui pour vendre certains éléments.

Les regrets du stade de France

Comme un vrai méchant dans un film hollywoodien, Vincent Labrune a donc exposé une fausse vulnérabilité pour prendre de l'avance. De nombreux supporters de l'Olympique de Marseille le découvrent, non sans amertume. Alors que l'idée première était de demander sa démission avec le plus d'intensité possible au Stade de France, l'espoir fou de déjouer les pronostics contre le PSG a donné la priorité à l'encouragement d'une troupe, qui, promis, allait se transfigurer pour l'évènement, consciente qu'il fallait sauver la saison... Au final, si l'OM n'a pas soulevé la Coupe, Vincent Labrune n'a pas perdu sa soirée, lui qui n'a eu droit qu'à deux séquences bien courtes de "Labrune démission" en seconde période. Vu comme c'est parti, il pourrait donc aussi bien être une nouvelle fois le grand gagnant de l'été. Au détriment de l'Olympique de Marseille, même si la décence n'arrivera sûrement pas à l'empêcher de se poser en sauveur. En même temps, au-dessus de lui, il y a bien un actionnaire qui jure se soucier de l'avenir du club avant de le céder mais qui joue la montre pour obtenir la meilleure offre...