Francescoli : le Prince éphémère de l'OM

En une seule saison sous le maillot olympien, l'artiste uruguayen a laissé une trace indélébile à l'OM.

Publié le 08/04/2020 à 01:00

Il y a dans le football, et surtout à l'OM, des légendes qui ne s'expliquent pas, et Enzo Francescoli en fait partie. Arrivé à Marseille à l'été 1989 en provenance du Matra Racing de Paris, l'Uruguayen n'aura joué qu'une seule saison à l'OM (39 matches, 11 buts). Pourtant, El Principe fait aujourd'hui parti des Dieux de l'Olympique, au même titre que les Papin, Waddle, Skoblar ou Magnusson. Autant de joueurs qui auront accumulé les titres et les exploits sur la pelouse du Vel' sur des périodes bien plus longues. Mais, l'amour ne s'explique pas, et il faut dire que le fait d'avoir été adoubé par le plus grand Marseillais de l'histoire du football a bien aidé à constituer sa légende. En effet, lorsqu'un certain Zinedine Zidane explique qu'il venait au stade pour le voir jouer et qu'il a prénommé son fils Enzo en son honneur, il n'y a même plus de débat. De quoi se pencher d'un peu plus près sur cette histoire d'un rendez-vous écourté bien trop tôt à notre goût.

Gili : "Humainement, je me souviens d'un seigneur, comme j'en ai rarement vu dans ma carrière de coach"

Été 1989. L'OM de Tapie sort d'un doublé coupe-championnat historique et veut enfin décoller en coupe d'Europe. Il met donc le paquet et, faute d'avoir pu souffler Diego Maradona à Naples, recrute Chris Waddle à Tottenham et Enzo Francescoli au Matra Racing. Ce dernier s'est révélé en France sous les couleurs du défunt club parisien, mais a surtout été le Dieu de River Plate où il a été élu meilleur joueur sud-américain. À 28 ans, il est au sommet de son art et correspond pile-poil à ce que recherche le coach olympien de l'époque Gérard Gili, comme il l'explique au Phocéen. "On décide de le prendre au Racing car on laisse Klaus Allofs partir. Ce dernier avait un souci à son genou et on savait qu'il ne pourrait pas tenir la cadence entre le championnat et la C1. En l'observant avec le Matra, on estime que Francescoli est le joueur idéal pour alimenter Jean-Pierre (Papin), et je voulais les aligner tous les deux devant. Il a la capacité de marquer des buts, mais surtout de donner des passes décisives à Jean-Pierre, et pas de se mettre en opposition avec lui". Débute alors le show Francescoli, avant même le début du championnat, car le Prince épate d'abord ses coéquipiers à l'entraînement. Par ses qualités de footballeur hors normes, bien sûr, mais aussi par sa personnalité. "Humainement, je me souviens d'un seigneur, comme j'en ai rarement vu dans ma carrière de coach, confirme Gérard Gili. Il avait beaucoup d'humour et savait fédérer le groupe. D'ailleurs, il acceptait volontiers d'être chambré par les autres sur son accent très prononcé lorsqu'il parlait en français. Mais il était très respecté par l'ensemble du groupe, parce qu'il mettait son immense talent au service des autres, il transmettait sa joie de jouer au foot".

Olmeta : "Enzo, c'était le summum ! Un génie du football et un mec d'une gentillesse et d'une simplicité incroyables !"

La greffe prend instantanément, même si Francescoli n'est pas tout seul. Il faut dire que l'OM regorgeait de stars mondiales à l'époque, et qu'Enzo n'arrive pas en terrain conquis, puisqu'il est en concurrence avec un certain Chris Waddle, fraîchement arrivé lui aussi, mais qui mettra trois mois avant de donner sa pleine mesure. En attendant, l'Uruguayen fait tout de suite l'unanimité. "Ce qui m'a frappé, explique Gili, c'était sa grande qualité technique qui lui permettait de désarçonner n'importe quel défenseur. Il faisait ça avec une forme de douceur, ce qui lui a donné cette image de légende. Il n'a pas marqué beaucoup de buts, mais cette manière de conduire le ballon permettait de créer des occasions dans n'importe quelle circonstance. On parlait d'un artiste et c'était vraiment ça, à l'image d'un Zidane. Leur toucher de balle et leur jeu de corps allaient au-delà du sport. Enzo était un poète du jeu, un altruiste, et s'il avait été plus égoïste, il aurait inscrit beaucoup plus de buts". Ses coéquipiers ne disent pas autre chose, car tous se souviennent encore du génie de l'Uruguayen. C'est le cas de Pascal Olmeta, qui aura passé trois saisons à ses côtés au Matra. "C'est simple, j'ai joué avec deux génies dans ma carrière : Eric Cantona et Enzo Francescoli. Enzo, c'était le summum ! Un génie du football et un mec d'une gentillesse et d'une simplicité incroyables !".

"Bernard Tapie décide de ne pas le garder. Je pense qu'il souhaitait faire de la place à Abedi Pelé"

Alors, pourquoi l'aventure Francescoli à l'OM n'a-t-elle duré qu'une seule saison ? Déjà, en dépit de ses 39 apparitions, il souffrira de plusieurs petites blessures qui l'empêcheront de s'exprimer pleinement. Il y aura aussi la concurrence avec Chris Waddle, surtout lorsque ce dernier donnera sa pleine mesure. Enfin, il y a l'échec en demi-finale de la C1 face au Benfica de Vata. Auteur d'un match aller extraordinaire (2-1), Enzo ne transformera pas les nombreuses occasions qui auraient pu en faire une légende définitive et changer son destin à l'OM. "Le hasard fait bien les choses car j'ai revu ce match il y a trois jours, s'amuse Gérard Gili. Si Enzo a plus de réussite ce jour-là, et surtout si le gardien de Benfica ne fait pas des miracles, il serait encore plus entré dans la légende et je suis sûr qu'il serait resté à l'OM. Finalement, Bernard Tapie décide de ne pas le garder. Je pense qu'il souhaitait faire de la place à Abedi Pelé qui revenait de Lille où il avait explosé, et qui était étranger comme lui". Finalement, le destin du Prince ne tiendra qu'à un trop-plein de stars dans cet OM de l'époque et le Prince ira briller en Italie (Cagliari, Torino) puis redeviendra le Roi de River Plate. Mais, en une seule saison à l'OM, il réussira à se hisser parmi les plus grandes légendes olympiennes dans la mémoire des supporters. Un sacré exploit !