OM : "Le problème, c'est qu'ils sont tous sur la même ligne !"

Retour sur ce qui a cloché lors de OM-Lille (1-1) avec l'analyse tactique de Bernard Rodriguez.

Publié le 18/01/2022 à 01:00

L'OM n'a pas réussi à gagner contre Lille (1-1) à l'Orange Vélodrome, malgré plus d'une heure passée en supériorité numérique. Forcément, après la rencontre, la frustration est grande chez les supporters de l'OM. Comme l'impression que quelque chose ne tourne pas rond avec cette équipe, qui finit tous les matchs avec de grosses statistiques (88% de possession de balle sur la deuxième mi-temps, 22 tirs au but, 15 corners, 690 passes contre 208 seulement pour le LOSC) mais qui n'a gagné qu'un match sur ses six derniers en Ligue 1 à domicile (et encore, un petit 1-0 contre Troyes). Qu'est-ce qui ne va pas avec cette équipe ? Et surtout, comment y remédier ? Entretien tactique avec Bernard Rodriguez, que vous pouvez également retrouver en vidéo.

Bernard, contre Lille, Jorge Sampaoli a reconduit son animation offensive vue contre Reims, avec Gerson derrière Milik et Payet sur le côté gauche.

Bernard Rodriguez : "Je pense que Sampaoli a un peu des contraintes politiques avec Gerson. Ce n'est certainement pas un joueur de côté, donc tu ne peux pas le mettre sur la gauche. Il est pour l'instant très emprunté et pas assez décisif, que ce soit dans le jeu, dans les passes. C'est un joueur neutre pour l'instant, je préfère 100 fois Rongier que Gerson par exemple". 

"En fait, tu tapes contre un mur"

Parce qu'il ralentit le jeu ?

B.R : "La problématique de l'OM, c'est qu'ils ont fait une rotation à 180°. Ils ont commencé avec du champagne, ça pétait de tous les côtés, quitte à bien évidemment à avoir des problèmes de déséquilibre, mais ça venait dans tous les sens, ça dédoublait de partout, c'était un jeu de fou. Mais comme Sampaoli a pris quelques revers car il n'a pas su bien gérer son déséquilibre, il est revenu à quelque chose de plus classique, le 4-1-4-1 que l'on voit aujourd'hui avec Kamara qui vient parfois même jouer cinquième défenseur selon contre qui tu joues et les situations de match. Cela se transforme donc en 5-4-1. Ce qui n'est pas idiot d'ailleurs, attention. Mais, depuis pas mal de matchs, le problème c'est que cette ligne de quatre derrière Milik devient en fait une ligne de cinq. Ils sont tous sur la même ligne ! On l'a vu dimanche contre Lille où on a quand même fait une demie-heure à dix. Tu fais un attaque-défense, tu as tout le temps le ballon, tu te le fais passer de droite à gauche, mais il n'y a jamais de verticalité. C'est normal puisqu'il n'y a pas d'espaces. En fait, tu tapes contre un mur. Alors si tu joues contre une DH tu vas gagner en faisant ça. Mais le problème, c'est que Lille c'est une équipe solide. Et il n'y a pas qu'eux. En Ligue 1, les équipes sont organisées. Le seul joueur qui peut faire des différences dans les petits espaces dans cette équipe c'est Under. C'est le seul qui est capable de rentrer dans les 18 mètres et de foutre le bordel. Mais si tu fais passer le ballon de droite à gauche tout le match, tu ne déstabilises rien. Et puis la frappe de balle, c'est quand même une arme offensive. Quand tu joues contre un bloc-bas comme ça, frapper de 25 mètres, ce n'est pas interdit".

Il faudrait que les actions partent de plus bas ?

B.R : "J'y reviens, il y a des incohérences au niveau du positionnement. Tout le monde est sur la même ligne devant, tout le monde se met sur son défenseur et tu as l'impression d'avoir affaire à un match de handball. Mais il n'y a rien de productif. Tu prends un but sur une faute de marquage de Saliba et tu égalises sur un exploit d'Under, mais où il y a aussi une faute de marquage. Parce qu'excusez-moi, mais laisser un mec comme ça tout seul aux 18 mètres, c'est presque une faute professionnelle. Mais combien d'occasions tu as créé ?"

En première période, Guendouzi s'est essayé aux dribbles, il a perforé la surface adverse. C'est possible... 

B.R : "Je pense que la situation physique l'empêche. Je veux dire, à partir du moment où tu es positionné quasiment sur les 18 mètres adverses, tu le trouves où l'espace ? Dans cette position-là, il faut faire un maximum de centres, donc avoir une animation sur les côtés, mais aujourd'hui elle est très moyenne. Parce que tu as un garçon comme Milik, mais ce n'est pas Haaland ou MBappé, il faut l'alimenter. Et dans cette configuration que met en place Sampaoli, il ne peut avoir qu'un rôle de remiseur. Je suis dos au jeu, je viens, je remise. Ce n'est pas mal. Mais il se passe quoi derrière ? Si je remise, que derrière ça écarte, ça centre et que je suis à la finition, très bien. Mais ce n'est pas le cas. Du coup, Milik dans des espaces comme ça c'est très compliqué de le voir. Être au milieu de dix défenseurs dans les 18 mètres d'en face, c'est pour Messi ou Ronaldinho". 

"Tu dois soit mettre ton bloc-équipe plus bas, soit aligner des joueurs plus fort dans les petits espaces"

Est-ce que Lille a appliqué une formule que toutes les équipes vont appliquer désormais quand elles viennent à Marseille ?

B.R : "Lille c'est un bloc médian, des fois bas, avec une organisation défensive et des mecs qui ont les jambes pour contrer. Et ça marche. Chaque philosophie est bonne. Au football, il n'y a pas de meilleure tactique que d'autres. Le 5-4-1, le 4-3-3... il faut juste mettre les bons joueurs aux bonnes places pour ce que tu veux faire. Donc à l'Orange Vélodrome, face à des équipes qui vont jouer derrière à 90%, tu n'as pas 36 solutions. Soit tu mets ton bloc-équipe un peu plus bas, pour aspirer l'adversaire et te donner de l'espace. Concrétement, tu vas dire à Milik, à tes joueurs de côtés, d'aller beaucoup moins haut, beaucoup moins vite, de pas secouer de suite les défenseurs adverses. Soit alors il faut que tu mettes des joueurs qui sont très forts dans les petits espaces. Mais est-ce que tu les as ? Oui, tu as Guendouzi, c'est un super joueur, tu as le petit Under, tu as Payet, qui est techniquement au-dessus de la moyenne, mais qui n'a pas plus la vitesse qu'il avait il y a quelques années. Il ne peut éliminer que sur une passe ou sur un dribble, mais c'est compliqué pour lui de courir longtemps avec le ballon. Tu avais De la Fuente qui avait donné cette illusion au départ mais qui a disparu de la circulation. Mais sinon, tu as qui pour faire ça ?"