Le Fair Play Financier est-il vraiment une menace pour l'OM ?

Publié le 04/02/2018 à 07:00

Bercés par l'agréable musique des victoires olympiennes de ces derniers mois, les supporters - nous compris - ne s'attendaient pas à être alertés par celle moins entraînante des inspecteurs de l'UEFA. En effet, jeudi dernier, RMC révélait que l'OM était dans le viseur du fameux Fair Play Financier, le même qui menace le recrutement du PSG depuis des mois et de tous les géants européens depuis son adoption en 2010. Information confirmée dans la foulée par l'UEFA elle-même. Pour faire simple, cette nouvelle instance a pour but d'empêcher les clubs européens de dépenser plus d'argent qu'ils n'en gagnent et, le cas échéant, d'appliquer des sanctions qui vont du simple blâme jusqu'à l'exclusion des compétitions européennes, ou encore l'interdiction de recruter.

Rassurons-nous tout de suite, l'OM n'en est pas là. Pour le moment, aucune enquête n'a été déclenchée et le club olympien entre simplement dans le cadre du suivi, ou "monitoring", des équipes engagées dans ces compétitions par l'ICFC, l'instance de contrôle financier des clubs. Conscients du risque d'être rattrapés par la patrouille, les dirigeants ont eux-mêmes pris les devants en demandant un entretien en janvier, comme l'expliquait samedi Jacques-Henri Eyraud sur le plateau de Canal Plus Sport : "C'est une démarche de notre part et qui a démarré il y a plusieurs mois. Déjà, il faut savoir que le FPF concerne le passé et notamment les trois dernières saisons. Ce qui compte pour nous et pour l'UEFA, c'est avant tout le futur et nous devons leur exposer notre plan et les investissements qui sont nécessaires, car on n'a pas vraiment trouvé le club dans une très bonne situation il y a un an et demi. Il nous faut donc absolument investir, on l'a fait et on va continuer à le faire. On doit montrer ce que l'on souhaite faire dans les 4 ou 5 saisons qui viennent, c'est ça l'objet de nos discussions avec l'UEFA".

Selon les informations du Monde, l'ICFC s'est interrogé sur les investissements massifs opérés par Frank McCourt depuis son arrivée (120 millions d'euros en transferts), mais une source proche de l'organe assure que "la solidité financière de M. McCourt n’est pas en cause". Ce qui coince, ce sont "l'explosion des dépenses, des salaires et des primes, les recettes stagnantes et le grand déficit" du club. Un déficit expliqué plus haut par JHE et qui ne date pas d'hier, car à l'arrivée de McCourt, l'OM de la fin de l'ère MLD affichait un niveau d'endettement très conséquent. Eyraud et ses équipes vont donc devoir encore flirter avec les limites du déficit autorisé. À l'inverse du PSG et ses investissements démesurés, l'OM ne risque pas de véritables sanctions contraignantes mais plutôt une sanction négociée, voire une amende. En revanche, il va falloir croiser les doigts pour que l'équipe réussisse à se qualifier pour la Champions League au printemps prochain afin de ne pas être obligée de se séparer de ses meilleurs éléments. Heureusement, nous n'en sommes pas encore là, mais à terme, la menace est inéluctable et il faudra bien finir par vendre des joueurs, comme nous l'explique Mathieu Grégoire, le correspondant de L'Equipe à Marseille : "Dans la mesure où ils ont budgété la quatrième place, ce ne serait pas une catastrophe, loin de là. Ce qui alerte l'UEFA, c'est de voir que l'OM a déjà dépensé 120M€ depuis un an et demi en arrivées, et qu'ils n'ont fait aucun transfert dans l'autre sens, hormis peut-être Rekik pour 2M€. L'OM est dans le top 10 ou le top 15 pour ce qui est des achats, mais très très loin dans celui des ventes. Il y a aussi une explosion de la masse salariale qui doit tourner autour de 110 ou 120 millions, ce qui est un record dans l'histoire du club. Cela veut dire que le déficit va encore augmenter à la fin de l'exercice, et c'est pour ça qu'une qualification en Champions League est importante. Mais ça ne règlera pas complètement le problème. En fait, en attendant d'augmenter ses recettes commerciales (billetterie, sponsoring) l'OM va devoir fonctionner comme les autres, à savoir faire du trading. Tout le monde doit le faire, et c'est certainement ce que l'UEFA a dû expliquer aux dirigeants. Champions League ou pas, ils vont devoir vendre des joueurs parce qu'un club fonctionne aussi comme ça. Pour acheter, il faut vendre, donc oui, si on propose 70 millions pour Thauvin ou 30 pour Sanson, il faudra les vendre à un moment ou à un autre".

Le gros des dépenses a été fait et le projet est lancé. La menace du Fair Play Financier n'est donc qu'une formalité pour le moment à laquelle le club va s'adapter. Mais, si l'OM veut recruter l'été prochain et ne pas trop se déplumer, une qualification pour la C1 est, effectivement, plus que conseillée...