Edito : à mon René !

Notre fidèle ami René Malleville s'est éteint hier. L'édito de Sébastien Volpe, directeur du Phocéen. En vidéo, retrouvez La minute de la rédaction du Phocéen en son honneur.

Publié le 20/09/2021 à 12:00

Je n'écris pas souvent sur le Phocéen. Les journalistes sont très bons et je n'ai donc plus besoin de le faire. Mais en cet instant, je souhaite dire toute ma gratitude à mon René !

René, je l'ai rencontré à l'époque où nous étions partenaires de France Bleu Provence. Ce dernier était en "duo" avec l'autre vedette de l'émission, André De Rocca. Les deux se mettaient sur la tronche pendant de longues minutes. Selon eux, l'autre ne comprenait rien au foot. Mais alors rien du tout ! Et plus André montait en pression, plus René montait également dans les tours. C'était assez drôle à vivre et c'est ce qui faisait le sel de l'émission. Puis au bout d'un certain temps, ils ont commencé à me cibler. Moi le petit nouveau de l'émission. Ils ne s'en prenaient plus trop l'un à l'autre, mais me raillaient à la moindre occasion. Assez dur à vivre pour un débutant. À tel point qu'un jour, j'ai demandé à René si on pouvait faire un resto ensemble. Il m'a répondu que c'était avec grand plaisir. Au cours de ce repas, je lui ai demandé s'il avait un problème avec moi. Il fut très surpris de ma question : "pourquoi tu me dis cela Sébastien ?" J'ai alors rétorqué que lui et André me rentraient souvent dedans et que ce n'était pas très agréable d'être leur punching-ball. Il a alors littéralement éclaté de rire : "Mais tu es fou ! C'est du spectacle, Sébastien", m'a t-il lancé ! Nous n'avons rien contre toi, nous t'apprécions. Mais pendant l'émission, le but est de se rentrer dedans quoi ! On va pas non plus être mièvre... !!! J'ai profité de l'occasion pour lui demander s'il voulait tenir un blog sur Le Phocéen et venir faire un talk show de temps en temps. Il m'a dit que ce serait avec grand plaisir. Une belle histoire d'amitié qui a duré plus de quinze ans est alors née.

René, il n'était pas toujours facile à gérer ! Il avait un énorme coeur, c'était quelqu'un d'extrêmement droit. Mais il pouvait prendre facilement la mouche s'il n'était pas invité lors d'une émission. Avec un président, un joueur ou même sur un Talk ! "Comment ? Je ne suis pas invité sur le prochain Talk ? C'est sérieux Sébastien ?", râlait-il. Je lui répondais que nous devions faire participer tout le monde et que le Talk ne pouvait pas tourner essentiellement autour de lui. Il marronnait et regrettait de ne pouvoir exprimer son sentiment sur le prochain match ou livrer son analyse sur le dernier. J'ai alors eu l'idée de lui faire son émission ! La fameuse "Minute de René" ! Il était aux anges. Il allait avoir sa propre chronique et la participation au Talk show devenait ainsi secondaire. Mais là encore, ce n'était pas toujours évident. De temps en temps je lui disais : "René, c'est la minute de René ! Pas le quart d'heure de René !" "Ça va Sébastien, je te promets que la prochaine fois je ferais plus court" répondait-il. Ce qu'il n'arrivait quasiment jamais à faire. Mais c'était René. Quand il commençait à parler, il était difficile à arrêter surtout quand il parlait de sa passion de l'OM ! Mais de Minute, il n'en a jamais manqué une, aussi loin que je me souvienne. Toujours fidèle au poste.

Un jour il m'a téléphoné : "Seb, j'ai un cancer. Pancréas, foie, estomac. Je suis très conscient que ça ne va pas s'arranger... Fais passer le message à tous, car je ne veux pas qu'on raconte des conneries sur mon compte !" Il était lucide, comme souvent. J'ai pris de ces nouvelles régulièrement. Il gardait toujours le moral. "Je me battrais jusqu'au bout" me disait-il ! "Je ferais tout mon possible".

Quand je l'ai eu au téléphone, une des dernières fois, il m'a dit qu'il s'était trompé. René qui dit qu'il s'est trompé, ce n'est pas souvent. Croyez-moi sur parole ! Il m'a lancé : "tu sais Seb, je pensais que tous les messages de soutiens ne servaient à rien. Que c'était pour la forme et rien de plus. Et bien tu sais quoi, je me suis trompé ! Tous les messages des supporters de l'OM me font chaud au coeur et me donnent le courage de me battre. Ça me donne vraiment de la force. Je n'aurai jamais cru que ça me ferait autant de bien." Un soir, il m'envoie un texto. Il y avait une capture du Virage au Vel' avec la banderole : "René avec toi" et son commentaire : "C'est pas beau Seb ?" ! Il était vraiment sincèrement touché par toutes les marques d'affection qu'il recevait dans son combat.

René, quand je t'ai rencontré, tu avais déjà une belle notoriété. Et tu l'as mise au service du Phocéen, pour le faire rayonner. Nous avons fait une belle équipe tous les deux, ainsi qu'avec tous les autres copains du Phocéen. De belles années, de beaux souvenirs. Mille mercis pour ce que tu as apporté à notre média. Toujours un grand coeur. Tu vas nous manquer et comme je te l'ai promis, car cela semblait t'inquiéter, mais comment pourrait-il entre être autrement, personne ne prendra jamais ta place dans la minute de René. C'est la tienne, pour l'éternité. Adessias Tonton !

Sébastien VOLPE