Droits TV : et les fans de foot dans tout ça ?

La Ligue 1 n'aura bientôt plus de diffuseur officiel.

Publié le 13/01/2021 à 12:00

Les coups de tonnerre se multiplient depuis l'annonce du retrait de Mediapro comme diffuseur de la Ligue 1. Ou plutôt co-diffuseur, car Canal Plus détient toujours deux rencontres par journée (pour 330 M€ annuels). Mais, on a appris mardi soir que la chaîne cryptée allait rendre ces deux matches à compter du 5 février, plongeant les téléspectateurs dans la crainte de ne bientôt plus pouvoir suivre leur équipe préférée à la télé. Rassurez-vous, cette perspective de l'écran noir a peu de chance d'aboutir, car en agissant ainsi, le patron de Canal Plus Maxime Saada a évidemment l'intention de faire encore baisser les tarifs afin de ramasser une Ligue 1 à prix cassé, devenant dans le même temps le sauveur d'un produit qui avait réussi à passer la barre du milliard par an.

"Aujourd'hui, tout est possible, Canal met la pression car ils sont capables de mettre leur menace à exécution, c'est le jeu des négociations"

En attendant de tordre le bras aux dirigeants du football français, le patron de Canal a proposé une "solution" afin de parer au plus pressé. "Pour en terminer avec cette situation, nous allons proposer à la LFP une solution technique universelle qui permettra à tous les Français, abonnés ou non à Canal+, de suivre les matchs en Pay per view, confiait Saada au Figaro mardi soir. Bien sûr, Canal+ reverserait l'essentiel des recettes à la LFP, et donc aux clubs". On y est donc, la Ligue 1 en Pay-per-View, à savoir l'achat au match. Un doux rêve longtemps caressé dans plusieurs pays et plusieurs sports, mais qui n'a jamais vraiment abouti, à commencer par la Premier League où ce projet a récemment été abandonné avant même d'être tenté. Toutefois, devant le vide auquel est confronté le foot français ces jours-ci, rien n'est à écarter comme l'explique au Phocéen Vincent Chaudel, de l'Observatoire du Sport-Business : "Aujourd'hui, tout est possible, y compris de ne plus voir de foot à la télé le 5 février. En fait, Canal met la pression car ils sont capables de mettre leur menace à exécution, c'est le jeu des négociations. Après, cet écran noir n'est l'intérêt de personne, à commencer par Canal qui n'a pas vraiment intérêt à dévaloriser le produit à ce point. Je pense même qu'ils font ça pour des intérêts politiques qui vont au-delà du foot. Pour en revenir à la possibilité du Pay-per-View, je pense que c'est un leurre pour faire peur, mais c'est possible. Techniquement, tout existe pour qu'il soit mis en place. Mais si on entre là-dedans, c'est à double tranchant. On peut se rendre compte que les gens ne sont pas prêts à payer et là on tombe encore plus bas et Canal ramasse la mise avec un prix encore plus bas. À l'inverse, si la Ligue trouve une solution à un prix modeste et que les supporters achètent les matches en masse, ils peuvent dire à Canal qu'il n'y a plus d'appel d'offres et ils lancent leur propre plateforme. C'est pour cela que je n'y crois pas trop".

On peut estimer que, forte de cette position désormais dominante, Canal Plus va faire elle-même le prix de la Ligue 1

En fait, la manoeuvre de Canal se voit comme le nez au milieu de la figure. Délestée de son statut de diffuseur historique de la Ligue 1 au fil des années, d'abord par l'arrivée de BeIN Sports puis celle de Mediapro, la chaîne cryptée se lance dans une revanche qui peut faire très mal au football français. On peut estimer que, forte de cette position désormais dominante, Canal va faire elle-même le prix de la Ligue 1. Et si ce dernier atteint la moitié du milliard d'euros, ce sera même le bout du monde. Résultat : notre championnat devrait être dévalué d'autant, et même plus compte tenu de la situation financière actuelle des clubs, doublement plombés par cette chute des droits TV et la crise sanitaire. On voit déjà lors de ce mercato que les clubs ne sont même plus capables de réaliser de vrais transferts, et la suite risque d'être encore pire avec une fuite vertigineuse des talents vers l'étranger. C'était déjà le cas, mais dans un tel contexte, les joueurs partiront encore plus jeunes et les recrues ne seront plus des deuxièmes, mais des troisièmes ou quatrièmes choix. La seule chance de ne pas assister à ce scénario serait que BeIN fasse un retour en force ou que Canal se rende compte qu'il n'a aucun intérêt à dévaloriser encore plus son produit. En attendant, avec la perspective de ce scénario catastrophe ou du Pay-per-View, les sites de streaming illégaux se frottent encore plus les mains, et nous les yeux...